FOCUS CLUB : Les Spartiates de Beauval, une structure de sport adapté aux multiples défis
Créé en 2020, le club des Spartiates de Beauval continue de grandir, de se faire une place dans le sport adapté, le basket-ball mais aussi dans le paysage professionnel de la Somme, symbole d’une recherche d’inclusion toujours plus importante.
Voici six ans qu’Aymeric Nercisse, éducateur spécialisé, a mis son temps et sa passion au service des Spartiates de Beauval. Au départ salarié de l’ADSEA, l’Association Départementale de la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte, un organisme accueillant des jeunes en difficulté et/ou au profil particulier, l’éducateur a décidé d’ajouter l’étiquette de bénévole en créant une section sport adapté au sein des Spartiates de Beauval. Une structure qui sert de relais, de point d’appui, mais aussi de passerelle pour ces adolescents fans de sport. Aujourd’hui, le club compte 75 licenciés, ce qui fait des Spartiates le plus gros club sport adapté du département, tout en ne travaillant qu’avec des jeunes de moins de 21 ans.
Objectifs premiers, briser les clichés et s’insérer en société
Car si l’un des objectifs est de permettre la pratique d’une activité sportive, l’existence de la section sport adapté des Spartiates est surtout un motif d’inclusion et un moyen pour ces personnes parfois mises sur le côté du fait de leurs différences de prouver leur valeur et leurs compétences. Ainsi, ils animent régulièrement des ateliers pour montrer qu’ils sont tout à fait à même d’encadrer des séances, que ce soit pour des personnes qui sont en situation de handicap et en recherche d’emploi, ou avec le Relais Petite Enfance, c’est-à-dire avec des 12-36 mois, sur des exercices de psychomotricité.
Toutes ces initiatives permettent, selon Aymeric Nercisse, de briser les clichés de la société sur ces adolescents qui ne sont pas en mesure de suivre un parcours scolaire classique du fait de leur handicap mental : « Je vais le dire franchement, pour beaucoup, ce sont des gogoles (sic). C’est une étiquette violente qui est dure pour eux, c’est stigmatisant. Et le travail qu’on fait, qu’on met en place, c’est pour montrer que, oui, il y a des difficultés scolaires, c’est une réalité, sinon ils ne seraient pas avec nous, mais en même temps, ils sont bourrés de talents, ils savent faire des tas de choses. Et l’idée d’animer des ateliers, c’est que les gens disent : « Waouh, bravo, ils assurent, ils gèrent. » Ils sont dans leur élément une fois qu’ils ont un peu de confiance et qu’on leur accorde la confiance. » Briser ces carcans permet aussi d’alimenter l’estime de soi et de responsabiliser ces adolescents ou jeunes adultes.

Plus que l’aspect purement social, ces séances ont pour vocation de nouer des liens avec les entreprises qui pourraient, à terme, faire appel aux membres des Spartiates : « Ils vont rencontrer des employeurs de manière anonyme, faire du sport ensemble. L’idée, c’est de créer un pôle d’entreprises autour du club, de lieux de stage, de rencontres, un réseau quoi« , explique Aymeric Nercisse, lequel souhaite insuffler une sorte de « label Spartiate » dans la tête des gens et surtout créer une relation de confiance avec les entreprises aux alentours : « On veut suffisamment travailler ensemble pour que, quand on leur dit : ‘Prenez un jeune, il en vaut la peine’, ils disent : ‘Ok’. On est en train de développer ça pour devenir une espèce de carnet d’adresses pour nos jeunes.«
Objectif second, développer le projet basket
Le sport adapté est une structure un peu à part du sport handicap et surtout bien moins développée que les disciplines handisports, celles nécessitant un fauteuil notamment. Aymeric Nercisse justifie cette différence de traitement et de médiatisation : « Je pense que le sport adapté fait plus peur que le handisport. Pour être très clair, je suis en fauteuil, il y a un bout qui ne marche pas ou il manque un bout. Le sport adapté, c’est aussi la maladie mentale. La maladie mentale ou la déficience intellectuelle fait peur. Et puis, c’est plus « bankable » un mec en fauteuil parce qu’on voit le handicap. Nous, nos jeunes, ils sont en difficulté, la vie et ses exigences actuelles mettent nos jeunes en difficulté par rapport à leur capacité cognitive. Mais pour autant, bien étayés, ce sont des jeunes qui s’en sortent totalement. » Pour ne rien arranger, au début des années 2000, l’Espagne avait triché lors d’une compétition internationale de basket-ball, inscrivant des joueurs totalement valides lors de la compétition : « Ça aussi, ça a fait très, très mal à la pratique. »
De ce fait, difficile pour ces jeunes basketteurs, aussi prometteurs soient-ils, d’envisager une activité professionnelle en lien avec leur sport. C’est pour cette raison que la construction du réseau professionnel est primordiale. Malgré tout, Aymeric Nercisse souhaite que ses poulains progressent afin qu’ils puissent évoluer positivement dans leur passion et s’épanouir. Un projet de pouponnière du pôle France a récemment vu le jour pour alimenter le pôle adulte dans le futur. « Ils veulent maintenant aller chercher des gamins plus jeunes pour commencer à les travailler plus tôt ou nous donner des directives de travail. Mais il faut qu’à côté, il y ait un projet pro. Donc, c’est une vraie belle carotte aussi pour nos jeunes, un engagement quelque part. »
C’est donc pour cette raison que les Spartiates de Beauval ne prennent plus sous leur aile les joueurs arrivés à l’âge de 21 ans. « L’idée du projet, c’est de les mettre à la porte.« Il prend l’exemple d’un de ses joueurs : « On va le mettre à la porte en basket traditionnel, pas en adapté, parce qu’il a un niveau qui commence à être intéressant pour un niveau lambda de basket. J’ai rencontré la présidente du club qui est à côté de chez lui pour qu’il aille jouer avec d’autres ados de son âge. Et là, on est dans notre travail d’inclusion par le sport. » Pour prouver que cette inclusion fonctionne, Aymeric Nercisse rappelle que sur les 5 joueurs de l’équipe de France adaptée, deux jouent actuellement dans une équipe ordinaire. « Ils jouent en sport adapté uniquement avec l’équipe de France. »
En attendant, à plus court terme, l’éducateur a en tête un projet de tournoi de basket partagé pour ses jeunes basketteurs. Il voudrait organiser une compétition avec eux et des jeunes collégiens des établissements alentours avec un principe : « On mélange tout le monde, sans distinction, dans le cadre de rencontres anonymes. L’idée, c’est de faire des équipes de 3-3, des groupes de 5, en prenant un gamin qui vient de 4 collèges différents et un enfant en IME (Institut Médico-Éducatif). Nulle part, il est dit qu’il y a quelqu’un qui est en situation de handicap. Et après, je mets un billet pour savoir s’ils sont capables de nous dire qui est qui.« Le projet est encore en réflexion mais Aymeric Nercisse aimerait que celui-ci voie le jour pour mars. Une énième démonstration de l’engagement sans faille des Spartiates de Beauval, de ses éducateurs/bénévoles, pour ces adolescents et jeunes adultes qui peuvent ainsi regarder vers l’avenir avec sérénité.
Simon Vasseur
Crédit photo : Spartiates de Beauval – DR



