ACTUALITÉS : François Caron, clap de fin après 8 années à la tête des Écureuils d’Amiens
Après 8 années de présidence du club, François Caron a quitté ses fonctions aux Écureuils d’Amiens pour diverses raisons. À travers sa longue expérience, il raconte la difficulté de gérer les nombreuses problématiques inhérentes aux structures qui, comme la sienne, sont à cheval entre l’amateurisme et le professionnel.
Il a pris du plaisir mais surtout de son temps pour faire vivre les Écureuils d’Amiens durant 8 saisons. Il y a quelques semaines, il a pris la décision de quitter son poste de président, un an plus tôt que ce qu’il avait prévu de faire. « Je souhaitais, entre guillemets, une passation de pouvoir, prendre le temps parce qu’il y a des choses qui sont à faire dans des timings. » Un départ presque à contre-cœur qui lui rappelait, quelque part, sa prise de fonction : « J’ai pris la présidence après l’ex-présidente qui avait décidé de démissionner au bout d’un an. Je me suis proposé, parce que personne ne voulait y aller. C’était un piège, il y avait des problèmes d’argent. J’ai repris la présidence un vendredi. La semaine suivante, j’avais des courriers de l’URSSAF pour les salaires non payés à Renaud, qui était salarié du club. » Ainsi donc, sa première mission en tant que président était de redresser le club, quitte à faire passer le sportif au second plan. Il parvenait, à l’aide de son comité, à réunir les fonds nécessaires au recouvrement des quelque 22 000€ de dette. Mais, fruit du hasard ou conséquence directe de l’énergie laissée dans cette bataille extra-sportive, ce qui était alors le meilleur club de roller hockey de la région et l’un des meilleurs de France était relégué en Nationale 1, le deuxième échelon national.
Une équipe première qu’il n’a jamais réussi à faire remonter
Les Écureuils ne faisaient dès lors plus peur mais avaient au moins l’opportunité de repartir sur des bases saines. « On a essayé de reconstruire avec une génération qui arrivait, qui pointait le bout de son nez. Une génération de jeunes qui étaient sérieux à l’entraînement, volontaires. Ce sont les dernières médailles jeunesse qu’on a eues. » Malgré un talent indéniable de ces jeunes joueurs et l’expérience des plus anciens, jamais les Amiénois ne sont parvenus à retrouver l’élite du roller hockey français. S’ils terminaient quasi systématiquement premiers de la poule nord en phase régulière, ils ont à chaque fois perdu en quart ou en demi-finale de play-offs, la dernière fois en mai dernier. Pour François Caron, ces échecs répétés ne peuvent s’expliquer que par le niveau relevé des équipes de la poule sud. « Cette année, on tombe en demi-finale contre La Teste-de-Buch qui a un profil atypique de club où ce ne sont que des copains et que des joueurs français. Il n’y a pas de stars qui sortent de cette équipe. Ce n’est pas une équipe qui est au-dessus de toi mais tu perds deux fois, il n’y a rien à dire. Notre tort à nous, c’est qu’on est forts individuellement mais pas collectivement. » Selon lui, l’alchimie qui devait se faire entre les jeunes et les anciens ne s’est finalement jamais faite.
Pour redorer le blason des Écureuils, tant sur qu’en dehors du terrain, François Caron aurait aimé que Renaud Crignier, figure de proue du club et légende du roller hockey français, aille dans les écoles afin de promouvoir la pratique et d’attirer de nouveaux talents, mais aussi lâche du lest dans son rôle au sein de l’équipe N1. Mais faute de temps du fait de sa contrainte professionnelle et peut-être d’une envie de changement, le numéro 12 amiénois n’a pas répondu favorablement à cette proposition et il est impossible pour la structure samarienne de s’attacher les services d’une autre personne pour réaliser cette mission, faute de moyens : « L’idée, c’était vraiment d’aller chercher quelqu’un d’autre pour le remplacer. Sur le terrain, c’est un joueur majeur dans l’équipe, on ne peut pas l’enlever, mais il est temps qu’il soit juste joueur. Quand on a voulu prendre Mathieu Mille (autre légende de la discipline, ndlr), c’était pour aussi le libérer de cette contrainte de coacher. Car c’est compliqué de coacher et de jouer sur la ligne 1, de donner ses instructions à la ligne 2. Il n’y a aucun sport où l’entraîneur est joueur, ou alors au très bas niveau.«
Je pense qu’à un moment, il faudrait donner les rênes à la nouvelle génération.
François Caron, ex-président des Écureuils d’Amiens
C’est une des raisons évoquées qui expliquerait, en partie, pourquoi l’équipe fanion des Écureuils stagne depuis plusieurs années et que la nouvelle génération peine à s’imprégner complètement dans le collectif auprès des plus anciens : « Je pense qu’à un moment, il faudrait donner les rênes à la nouvelle génération. La nouvelle génération, elle est pétrie de talent, elle n’attend que ça, elle est motivée. Mais il faut un pilote, quelqu’un qui soit sur le banc pour les driver. À l’heure actuelle, on ne l’a pas« , estime le président démissionnaire qui ne croit pas en la possibilité de remonter en Élite tant que l’équipe sera structurée de telle façon. À titre personnel, ne jamais être remonté là où il avait pris les rênes du club constitue son principal regret : « J’aurais souhaité prendre le club en descendant d’élite et lâcher le club en montant d’élite, la boucle aurait été bouclée. Malheureusement, ça ne s’est pas fait. Ça sera peut-être l’année prochaine, je leur souhaite. » Mais l’heure du changement a selon lui sonné pour ce système à bout de souffle : « Il est temps de renverser la chose, mais ça ne peut pas se faire dans la configuration actuelle du club. »
Président de club, « un combat de tous les instants »
Outre les problématiques liées à la gestion de l’équipe première et à l’intégration de la jeunesse au sein de celle-ci, François Caron a fait face à d’autres situations difficiles à gérer, allant jusqu’à des insultes proférées à l’encontre de ses joueurs sur Snapchat après des rencontres : « On a quand même subi des trucs qui étaient fous. Ça a été très, très loin. » Dans le département, la concurrence est rude avec les autres clubs (Pont-de-Metz, Camon, Moreuil) et pas toujours saine. À cela s’ajoute le roller hockey concept qui est venu se greffer pour essayer de vendre du roller hockey aux jeunes. « Tous les ans, on perd des licenciés. On est passé de 170 à 140 l’année dernière. Cette année, ça va être, à mon avis, l’hécatombe du fait qu’on perd les féminines notamment », détaille l’ancien président des Écureuils. Même en interne, il a parfois fallu se battre pour maintenir un équilibre financier mais aussi, et surtout, humain. Des parents d’enfants ont été mis dirigeants avant de quitter le club, avec leur enfant. Peu de temps après, d’autres ont tenté d’avoir un rôle plus important que celui qu’ils avaient : « Il y a la différence entre dirigeant et coach. Le dirigeant, il remplit les gourdes, il conduit un minibus, il organise le déplacement. Il n’est pas là pour dire que telle ligne monte, toi tu ne joues pas. Ça, c’est le rôle du coach. À un moment donné, des gens qui peuvent confondre les deux. Les meilleurs dirigeants sont les plus discrets.«
J’ai rencontré des gens extraordinaires.
François Caron, ex-président des Écureuils d’Amiens
Mais, malgré cette « face cachée qu’on ne voit pas du sport associatif » qui génère « un combat de tous les instants », François Caron gardera un bon souvenir de cette aventure en tant que président de club. « J’ai rencontré des gens extraordinaires, que ce soit des gens d’Amiens, que ce soit des gens d’autres clubs. C’était vraiment le paradoxe avec le Covid où on avait de l’éloignement qui a permis beaucoup de rapprochements avec les clubs, les personnes. Des gens qui étaient au club avec leurs enfants, qui étaient dirigeants, maintenant, ce sont des amis.« Et puis, il y a aussi cette génération 2001 qu’il a vue grandir et traverser les catégories pour atterrir en Nationale 1 ou en Élite. Il laisse derrière lui un club aux enjeux sportifs et internes encore importants mais surtout une structure saine financièrement malgré les temps difficiles et la complexité de toucher des subventions et de trouver des partenaires : « Il n’y a pas plus pingre que moi. Je suis une pince (rire). » La gestion financière sera le premier sujet de préoccupation d’Alain Armand, nouveau président, et de son comité. Dans le budget, ne figurera plus celui de l’équipe féminine, laquelle a été dissoute en fin d’année, « un mal pour un bien. Ils ne penseront qu’à deux équipes seniors et quelques jeunes. »
De son côté, François Caron ne compte pas reprendre du service de sitôt, surtout pas en tant que président. Toutes ces contraintes qui incombent au poste de président d’un club à la frontière du professionnalisme ont eu raison de sa volonté de s’engager à nouveau. « Une expérience, ça suffit. Chat échaudé craint l’eau froide (sourire). » Il ne sait pas ce qu’il fera de ses week-ends qui étaient jusque-là largement consacrés à ses équipes, mais compte bien profiter de ce temps libre qu’il n’avait pas. Quoi qu’il arrive et qu’importe ce qu’il s’est passé ces dernières semaines, François Caron restera une figure emblématique des Écureuils d’Amiens. Et même s’il n’est plus membre du club, comme son fils, Hugo Caron, parti pour Caen, club d’Élite, il gardera toujours un petit lien avec ce club qui l’a sûrement fait autant vibrer que fatiguer, d’autant que son épouse reste au sein de la structure en tant que secrétaire. Une nouvelle page se tourne pour l’homme et les Écureuils.
Simon Vasseur
Crédit photo : Kevin Devigne – Gazettesports.fr (archives)



