SOUS LE MÊME MAILLOT : Les Zerdab, le trio de choc qui fait briller La Montoye

Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise (ou presque). Pour ce neuvième numéro, interview croisée de Zahir, Sofiane et Lyes Zerdab qui évoluent tous les trois au sein du club de football de La Montoye.

Nous innovons toujours plus dans cette série de portraits puisqu’aujourd’hui, ce ne sont pas deux mais trois membres d’une même famille qui se sont prêtés au jeu de l’interview. Et pas n’importe laquelle : la famille Zerdab, principalement connue pour Zahir, ancien joueur professionnel et encore joueur de l’US Camon la saison passée, en Régional 1. L’attaquant de pointe de 44 ans a décidé, cet été, de rejoindre son fils, Lyes, 22 ans, et son frère, Sofiane, 41 ans, qui évoluaient déjà depuis deux saisons à La Montoye, club de D2 issu de la fusion entre Raineville et Saint-Gratien. « À la base, Lyes était à l’Amiens AC, moi j’étais en vétéran. On me disait ‘tu peux encore jouer en senior’ et Elias voulait changer de club. Donc j’ai contacté le coach de la Montoye de l’époque. C’était un club familial, que je connaissais, je l’ai contacté, il m’a dit : ‘venez’. Ça s’est fait un peu comme ça, on avait tous les deux envie de jouer ensemble« , retrace Sofiane Zerdab qui est donc l’oncle de Lyes.

Les raisons du choix de Zahir Zerdab

Au départ, Zahir n’avait pas forcément l’intention de rejoindre tout de suite La Montoye puisqu’il était encore performant en R1. Mais en deuxième partie de saison dernière, il s’était assez gravement blessé avec Camon face à Longueau, l’éloignant des terrains jusqu’à la fin de la saison. Il reprenait l’entraînement au cours de l’été mais il se laissait le temps de décider de son avenir : « Camon voulait que je reste. Mais je leur ai dit que j’allais quand même reprendre tranquillement avec la Montoye en début de saison pour voir déjà si ça tient, si je peux encore jouer et par la suite, on verra. » Mais après quelques séances, il choisissait de rester auprès de son fils et de son frère : « Ça faisait un petit moment aussi que ces deux-là me tannaient un petit peu pour que j’aille jouer là-bas. Et puis, les autres joueurs de la Montoye sont ceux que je venais voir jouer quand je ne jouais pas en même temps. Donc c’était l’occasion de prendre une licence et de faire une saison tous les trois. »

Lyes et Sofiane Zerdab ont rejoint l’aventure La Montoye depuis deux ans déjà.

Cette décision répond aussi à une volonté de réduire les contraintes qu’impose le football de niveau régional. Elles sont certes moins importantes que lorsqu’il jouait en professionnel, mais existent tout de même, ce que Zahir n’avait plus vraiment envie de subir. En district, les déplacements sont plus courts et les entraînements moins nombreux : « On ne s’entraîne pas beaucoup. L’avantage de jouer en district, c’est qu’il n’y a pas d’obligation non plus d’aller s’entraîner. Parfois, on finit tard avec les autres enfants, les frères et sœurs qui vont à l’école, qui ont aussi leurs pratiques sportives, qu’il faut ramener à gauche, à droite, pareil pour Sofiane. Le football, ça passe au second plan pour nous. » Et puis, jouer à La Montoye permet aux Zerdab de se retrouver de façon certaine au moins une fois par semaine. Si les deux frères se voient quotidiennement puisqu’ils travaillent ensemble au sein de l’agence immobilière H2Z de Camon, ce n’est pas le cas de Lyes qui mène sa vie d’étudiant. Aussi, lors des rencontres à domicile, les Zerdab peuvent aller rendre visite à leurs parents (ou grands-parents pour Lyes) qui habitent à Raineville, tout proche du stade.

Une première opportunité de jouer à trois

Dans le passé, les trois hommes n’ont pas ou peu eu l’occasion de jouer ensemble. Les deux frères ont toujours été séparés par l’âge et le niveau : « Je l’ai toujours suivi en catégorie jeune. Donc le coach attendait systématiquement que je fasse au moins aussi bien, mais ça n’a jamais été le cas« , rigole Sofiane. Les deux hommes avaient bien partagé quelques tournois de sixte et même de padel, mais jamais un terrain de football à 11. Jouer avec Zahir aujourd’hui n’est donc pas foncièrement une revanche ou une satisfaction pour Sofiane, « c’est plus un plaisir. Aujourd’hui, à notre âge, on ne cherche plus forcément le niveau, mais vraiment à prendre du plaisir en famille ou avec des amis proches. Donc là, c’est top. On profite. » Quant à Lyes, fouler la même pelouse que son papa et jouer à ses côtés est une sensation incroyable : « J’ai toujours rêvé de jouer avec mon père, sachant qu’il a un beau parcours. C’est un peu une légende à mes yeux dans le domaine du football, même dans la vie tout court. Donc c’est une grande fierté de jouer avec lui. »

Zahir et Lyes Zerdab entretiennent une relation plus fusionnelle qu’il n’y paraît.

Très vite, de par son expérience du haut niveau et son charisme naturel, Zahir Zerdab s’est très vite imposé en leader dans l’effectif de La Montoye, prêchant la bonne parole et surtout les bons conseils à des joueurs à l’écoute. « Pour eux, son arrivée a créé quelque chose qui se ressent aussi dans les résultats et dans le comportement. Son arrivée est bénéfique pour tout le monde« , analyse Sofiane. Celui qui semble en tirer le plus de bénéfice depuis le début de saison, c’est son fils, Lyes, qui performe beaucoup depuis que son père est arrivé : « Ça se voit un petit peu dans les résultats cette année, il est un peu plus cadré, il est un peu plus à l’écoute. Et avec les qualités intrinsèques qu’il a, il est plus performant. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les gens du club. Ils disent que c’est vraiment le jour et la nuit par rapport à l’année dernière. » Le principal concerné sait que les conseils prodigués lui sont bénéfiques pour progresser : « Au départ, c’est vrai que je me suis dit qu’il allait me mettre un peu la pression. Mais dès le premier match, je me suis senti à l’aise directement. Il est là pour m’aider, il n’est pas là pour me mettre un poids sur les épaules. »

Mon neveu, je l’ai vu grandir. Quand j’étais en seniors, il était encore bébé.

Sofiane ZERDAB

Une relation et une rivalité père-fils saines qui doivent pousser le second à dépasser son père, qui est aussi le maître : « C’est plutôt une rivalité sportive de statistiques, style je suis devant toi au classement des buteurs. Ce que j’aimerais, c’est qu’il finisse devant moi. On va le pousser un peu pour ça. Mais je suis devant aujourd’hui« , tient à préciser Zahir avec le sourire. En revanche, celui-ci estime ne rien avoir à dire à son frère : « Avec Sofiane, je n’ai pas besoin de… C’est mon frère, il sait ce qu’il a à faire, c’est un adulte. » Ils aiment simplement « refaire le match », se charier parfois le lundi matin au travail : « Je lui demande : ‘Pourquoi tu as pris carton ?’ », s’amuse Zahir. Les conversations les plus croustillantes peuvent intervenir entre Sofiane et son neveu, dont la relation est naturellement moins « hiérarchique » : « Je peux me permettre d’être plus cru avec lui. Mon neveu, je l’ai vu grandir. Quand j’étais en seniors, il était encore bébé, finalement. Donc quand je lui dis des choses, c’est vrai que je peux lui dire différemment qu’à un autre coéquipier. Et lui, il peut se permettre aussi de me répondre », avoue-t-il en regardant avec complicité Lyes. « Mais en vérité, il n’y a aucune animosité. »

Des premiers matchs prometteurs

La saison avec les trois Zerdab alignés avait parfaitement débuté, enfin presque. La Montoye passait son tour de Coupe de France mais voyait Sofiane sanctionné d’un carton rouge. Pour Lyes, c’était une entrée en matière parfaite avec une passe décisive à son père pour son premier but à La Montoye. « On va le noter dans le CV de ta carrière », taquine Sofiane. Très vite, l’alchimie entre les membres de la famille Zerdab a parlé : « Sofiane, je sais comment il joue. Quand on se faisait des sixtes, on se trouvait assez rapidement. On se connaît quand même très très bien », commence Zahir. « Avec Lyes, c’était plutôt de s’adapter à son jeu, qui est fait un peu tout en percussion, prendre un peu de l’avance parce qu’il va quand même très vite. Avec ce qu’il arrive à produire, on arrive un peu à le bonifier devant le but », explique fièrement le papa, fier de la belle progression de son fils depuis quelques semaines. Le schéma de jeu préférenciel du duo d’attaquants, Zahir joue en pivot, lance Lyes dans la profondeur qui termine l’action ou redonne à son père présent dans la surface. « C’est une connexion particulière qu’il a avec moi. Tous mes premiers buts, je les ai marqués sur des passes décisives de Lyes. »

On a des collègues qui disent : ‘Je suis le 4e Zerdab’

Zahir zerdab

Zahir confirme cependant que Lyes possède aussi de beaux automatismes avec ses autres coéquipiers, notamment Sofiane qui, en tant que latéral, a d’abord un rôle défensif mais peut aussi déborder sur son côté. Plus généralement, les Zerdab se réjouissent de pouvoir compter sur un collectif à la mentalité de guerriers : « On sait qu’on peut compter les uns sur les autres. Même si on perd la balle, ça ne va pas forcément râler. Dans l’ensemble, même au niveau de l’équipe, on est à peu près tous soudés », jure Sofiane, embrayé directement par son frère à ce sujet : « On a vraiment un groupe où tout le monde tire dans le même sens. Il n’y a pas de tricheur. Si demain, il faut aller à la guerre avec les 11 joueurs qui sont sur le terrain, on sait qu’on peut y aller. On a une vraie équipe de soldats. » Des soldats emmenés par le général Zahir Zerdab, dont la famille va au-delà des liens de sang : « On a des collègues qui disent ‘je suis le 4ème Zerdab’« , plaisante-t-il. « Tout le monde se greffe. »

Faire progresser Lyes, le prochain objectif de Zahir et Sofiane

Sur le terrain, on peut distinguer les Zerdab de par leur profil de jeu, mais aussi une façon de vivre le match de manière bien différente. « On a tous du caractère, mais on va tous le ressortir différemment, le gérer différemment, parce qu’on a des carrières différentes », résume Zahir. « Je pense qu’on est tous des teigneux de base, mais moi, je reste très calme parce que j’ai cette lucidité, peut-être par rapport au parcours professionnel aussi. Il n’y a pas la même pression quand tu joues à la Montoye ou devant 50 000 spectateurs avec des obligations de résultat. » Lyes, lui, a tendance à s’agacer et cela se voit très vite. Son père le conseille de moins montrer ses émotions afin de rester dans son match et de ne pas donner d’indications à l’adversaire : « Je bosse dessus en ce moment », relève-t-il. Si son papa parvient à le tempérer, ce n’est parfois pas le cas de Sofiane : « Des fois, ça envenime les choses parce que je sais qu’avec Sofiane, avant que mon père arrive, j’étais forcément moins à l’écoute. Quand il essayait de me donner des conseils pendant le match, j’étais frustré, je le prenais moins bien, j’avais la rage pour rien« , avoue-t-il.

Qu’ils soient là, ça me permet d’avoir de nouvelles compétences pour mon futur dans le football.

Lyes zerdab au sujet de son père et son oncle

A plus de 40 ans, Sofiane et Zahir savent que leurs meilleures années sont maintenant derrière eux. Ils ont donc davantage en tête l’idée de transmettre plutôt que de penser à leur propre niveau de jeu : « Sofiane et moi, on n’a pas d’objectif. Ça fait longtemps que moi, je n’attends plus rien du football. Lui aussi. Après, Lyes, peut-être qu’il veut, ou en tout cas, il peut, il doit aller jouer plus haut. Donc forcément, il faut que ça passe à travers les résultats et ses performances. Nous, on est juste là pour aller jouer au foot le dimanche« , confie Zahir, dont les propos sont corrélés avec ceux de son cadet : « C’est vrai que c’est plus pour motiver Lyes, finalement. En réalité, Zahir descend de quatre divisions. Il n’a rien à prouver. L’idée de s’unir dans le même club, c’est pour aussi pour le faire progresser, le développer. » L’ailier de 22 ans voit en effet une opportunité unique de s’améliorer afin de viser le niveau régional voire national : « Forcément, c’est une motivation. Qu’ils soient là, ça me permet d’avoir de nouvelles compétences pour mon futur dans le football. Est-ce que j’ai l’ambition de jouer plus haut ? Oui, forcément. Mais on va finir la saison et on verra ce qui se passe. »

Qui est le meilleur aujourd’hui ?

On pourrait se dire que « la question est vite répondue » au vu du pédigré de la carrière de Zahir Zerdab par rapport à son fils et son frère. Mais si l’on prend la forme actuelle, elle peut se poser. « J’aurais dit moi », se lance Lyes au sujet de cette question fatidique. « Parce que c’est moi qui fais les différences, c’est moi qui percute. Toi, [Zahir] tu mets tes buts. Donc forcément, les buts, ça met en lumière. Mais si on vient voir les matchs, on voit qui fait les différences sur le terrain« , insiste-t-il. Et cet avis est partagé par Zahir lui-même : « Aujourd’hui, je pense qu’en qualité intrinsèque, forcément, c’est lui. Il a 22 ans, il va courir plus vite. Athlétiquement, on va dire qu’il est meilleur sur beaucoup de points. » Mais il tempère quelque peu les ardeurs de son fils : « Après, footballistiquement parlant, il y a encore beaucoup de choses où il est loin, très loin. Que ce soit techniquement, dans les déplacements, dans la compréhension de jeu, l’intelligence de jeu… » Sans hésiter, Sofiane préfère citer son frère, estimant qu’il n’y a pas que l’aspect physique et technique à prendre en compte : « Je dirais Zahir, même pas par rapport au football, mais par rapport à ce qu’il va apporter autour, au niveau de la sérénité, du sang-froid. Pour être décisif, des fois, il n’y a pas que des qualités physiques, c’est vraiment aussi dans la tête que ça joue. Le placement, l’anticipation, mais aussi la force de caractère, c’est comme ça qu’il a fait sa carrière. Des super joueurs, il y en a partout. Il y en a à chaque niveau, que ce soit en district, en régional ou au-dessus. La différence ne se fait pas que dans les jambes. Pour moi, c’est beaucoup dans la tête. Donc je mettrais Zahir bien au-dessus, en vérité. »

Le sourire, moteur commun de la famille Zerdab.

Sofiane se veut transparent et c’est peut-être aussi pour ça que cela fonctionne bien entre les trois. On se dit les choses, qu’elles fassent plaisir ou pas. Malgré tout, il concède que son neveu possède de vraies qualités : « C’est vrai que si à un moment donné, s’il y a un mec qui peut faire la différence tout seul, se créer des occasions tout seul, forcément ce sera plus Lyes que Zahir ou n’importe qui d’autre dans l’équipe. » L’équipe, la famille, c’est aujourd’hui ce qui compte le plus aux yeux des deux plus anciens Zerdab du trio. Ils ne pensent pas aux années futures, pas même à la saison prochaine. Ils veulent simplement profiter ensemble et faire profiter leur club en exprimant toutes leurs qualités avec un objectif à court terme clair : faire remonter le club en D1. « On a déjà fait un parcours exceptionnel en Coupe de France, ce qui permet à La Montoye d’être un peu vu dans les médias car La Montoye ne fait pas partie d’Amiens Métropole, on est un peu mis à l’écart. Aujourd’hui, le club est mis en lumière. C’est déjà une réussite mais ce n’est pas que grâce à nous », prévient Sofiane. Dès 2027, le trio actuel ne sera peut-être plus, les voies sportives et priorités de vie pouvant être différentes. Cet article sera donc obsolète mais il témoignera à jamais de la passion commune pour le football des Zerdab et d’un trio relationnel aux angles parfaits qui fait le bonheur de tout un club.

Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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