PORTRAIT : Mathis Briché, le petit dernier d’une famille de champion

Âgé à peine de 19 ans, Mathis Briché, fils de Julien Briché et frère de Florian Briché, réunit en lui tout le talent nécessaire pour exceller en sport-auto. Zoom sur ce jeune homme promis à un grand futur.

Quand on naît dans une famille de pilotes, tous les feux sont au vert quant au tracé de son avenir. Né entre les trophées accumulés de Julien Briché et de son fils Florian Briché, et l’odeur de l’essence et de gomme brûlée de son écurie JSB Compétition, il est logique que Mathis se dirige vers la passion du sport-auto. Pourtant, si beaucoup de pilote passent par la case karting dès leur plus jeune âge, ce n’était pas le cas pour le jeune Mathis. « J’ai commencé directement par la voiture, donc par la 208 Cup. J’ai commencé à 16 ans et ma première saison en sport auto, c’était à 17. Et d’ailleurs, mon tout premier jour de roulage dans la 208, qui était une boîte manuelle, j’ai appris à passer les vitesses le matin sur le parking. Et l’après-midi, on m’a envoyé sur le circuit », révèle le jeune pilote, le sourire aux lèvres. Un début en sport-auto qui ne devait pas se faire selon ses dires, le talent lui a juste donné raison. En effet, l’objectif de son premier roulage, lors des essais d’une course en 208, Mathis Briché finissait en pole position de ces trois séances. Convaincu que de son fils il pouvait en tirer le meilleur, Julien Briché l’invita donc à faire les qualifs. Et puis, lorsque l’on fait premier lors de sa deuxième séance de qualifications, la logique veut qu’on fasse la course, chose que Julien Briché a proposé à son fils immédiatement : « Mon père m’a dit : ‘Bon, bah, on n’a pas le choix. Tu vas rouler, tu vas faire la course.« 

Un début de carrière sur les chapeaux de roues pour Mathis Briché.

Une belle histoire d’amitié qui a commencé sur l’asphalte

Des fois, les plus belles histoires commencent par une grande rivalité et un grand respect de l’adversaire. C’est notamment ce qu’il s’est passé pour Mathis Briché et son meilleur ami Karel Eyoum, aussi de l’écurie JSB Compétition. Une amitié qui a commencé lors de la première course de Mathis. En effet, alors que les deux se disputaient la première place, Mathis décida finalement de le laisser passer aux portes du drapeau à damier. Si pour certains ce genre de manoeuvre est plutôt contraire à leur personnalité, Mathis, lui, voit cela comme un retour de bon procédé. En effet, lors de ces qualifs, Karel va lui donner l’aspiration afin que Mathis remporte sa première pôle. « Il me donne l’aspiration, je lui laisse la victoire. Grâce à lui, je fais la pole, il m’a beaucoup aidé. C’est grâce à lui que j’ai fait une bonne saison en 208. À chaque fois, à chaque séance d’essai et à chaque qualif, il partait devant moi et je le suivais. Pour qu’il me montre les trajs, pour que j’ai son aspi. Des fois, quand il me mettait un trop gros gap au début, il m’attendait pour que je le suive. C’est pour ça que la victoire, au final, je la lui devais.«  Cependant, Mathis n’oublie en aucun cas son côté compétiteur et vainqueur dans l’âme : « Mais même meilleurs amis ou pas, on ne va pas se faire de cadeaux. Forcément, avec lui, je ne ferais pas des attaques comme je ferais potentiellement avec d’autres personnes. Mais on va quand même se battre. On est des pilotes, on veut être les meilleurs« , déclare-t-il, le regard rempli de cette fougue de la jeunesse. Au terme de sa première année au sein du championnat FFSA Tourisme, Mathis finissait quatrième, tout en ayant manqué la première manche, alors que Karel finissait champion de France TCA Light.

Une saison remplie de casse et de frustration

Prêt à en découdre cette année, Mathis Briché roule désormais, non plus en Peugeot 208, mais en 308, suite à des changements de réglementation. Bien que le talent soit présent, cette saison est avant-tout ponctuée par des casses et fracas mécanique. A Nogaro, lors de sa première course, il se retrouve en pleins milieu d’un carton en face de lui, se faisant sortir de la piste par un de ses concurrents et sa voiture avait un problème de puissance lors de la deuxième course du week-end. A Dijon et à Spa-Francorchamps, ses amortisseurs se bloquent, sa direction assistée casse, ainsi que sa courroie, tout ça en quatre courses. Malgré tout, Mathis réussit tout de même à marquer quelques précieux points. Un constat d’autant plus frustrant lorsque l’on voit ses performances dans le haut du panier lorsque la mécanique l’épargne un peu. La plus grosse déception ce cette saison fut tout de même à Magny-Cours, là où, suite à un problème de freins, Mathis venait à percuter un mur de pneu en pleine ligne droite. Une expérience clé et qui rappelle tant aux pilotes qu’aux membres de l’équipe à quel point le sport-auto se joue sur une compilation de détails qui, lorqu’un rouage ne fonctionne pas, peut s’avérer dangereuse. Mathis, lucide, revient sur cet événement clé dans la jeune carrière d’un pilote : « J’avais peur quand je remonterai dans la voiture le soir d’appréhender. Surtout au niveau des freins parce que quand il n’y a plus de freins, la pédale va jusque dans le fond. Ca fait quand même assez peur quand on arrive vers le mur. On a juste à attendre qu’on se prenne le mur parce qu’on ne peut rien faire d’autre. » Pourtant, Mathis fait de cet accident un gain d’expérience et fait preuve d’une grande maturité pour son âge, il explique d’ailleurs comment se remettre en selle après un tel événement : « On regarde beaucoup les vidéos. Il faut en parler autour de soi. Puis, on se rend compte qu’on a du rythme, qu’on est rapides. C’est juste pas de chance et on verra l’année prochaine. Si cette année, ça ne marche pas, ça marchera l’année prochaine. » Alors que la prochaine, et dernière étape du championnat se déroulera au Castellet, le week-end du 10 octobre prochain, Mathis y roulera surtout pour gagner un maximum d’expérience, lui qui est désormais 6e, à 20 points sur le 5e. Un résultat qui aurait pu être différent si seulement la mécanique avait suivie, puisque sans ça, il serait à la 3e place. « On y va juste pour prendre de l’expérience pour dire de rouler et puis au moins, l’année prochaine, on pourra essayer de faire quelque chose si la mécanique le permet et si cette fois, on a un peu plus de chance. C’est une année assez noire pour l’instant cette année. »

La 308 de Mathis Briché, elle qui a tant subit cette année.

Bien que le nerf de la guerre sera toujours l’argent en ce bas monde, en particulier pour ce qui est du sport-auto, Mathis ne cache pas son ambition pour la saison prochaine, qui serait de d’abord gagner en 308, lui qui ne souhaite pas aller trop vite, ironie pour ce jeune homme de 19 ans qui a l’habitude de rouler à 250km/h les jours de championnat.

« Je veux d’abord gagner en 308 pour pas griller les étapes et pas aller trop vite, je veux y aller progressivement et c’est pour ça que l’année prochaine, j’aimerais bien pouvoir faire quelque chose en 308. Surtout qu’on a montré cette année qu’on avait le rythme. »

Mathis Briché

Une bonne préparation, de bons résultats et un rêve qui s’approche à chaque tours

Si il y a bien une discipline qui est en perpétuelle évolution avec elle-même, c’est bel et bien le sport-auto, et ceci dans chaque championnats et catégories. En effet, rappelons-nous de l’utilisation révolutionnaire des moteurs à turbo par des écuries comme Renault dans les années 80/90, technologie qui est désormais devenue la norme dans le sport auto. On peut aussi parler des quatre roues motrices, arrivées au sein du groupe B dans ces mêmes années avec Michelle Mouton au volant de son Audi Quattro. Ou même très récemment avec l’avènement des moteurs hybrides, que ce soit en endurance ou plus contraignant en F1. A chaque décénie, voit son lot de technologie révolutionnaire arriver au sein du circuit, et si certaines sont depuis devenues la norme, d’autres ont rapidement été abandonnées ou régulées par la FIA. Pour ce qui est de la tendance actuelle, elle se situe plus au niveau de la préparation via l’utilisation de simulateur, ces jeux-vidéos ultra perfectionnés au point de retranscrire le plus fidèlement possible les sensations de course derrière le volant. A ce sujet, Mathis Briché ne s’en cache pas, il l’a complètement adopté : « J’ai un simulateur. Le simu, c’est surtout pour apprendre les circuits, prendre les trajectoires. C’est quand même utile pour tout apprendre. Au moins, on n’arrive pas sur le circuit en étant perdu, on connaît les virages. Rouler sur le simu, c’est toujours une bonne expérience. Surtout quand on a la voiture avec laquelle on roule, une voiture qu’on connaît. » Véritable outil générationnel, le simulateur ne fait pas l’unanimité auprès des générations précédentes, qui eux prefèrent davantage la courbe d’apprentissage dite instinctive, sur le terrain. La preuve étant le père de Mathis, Julien Briché, qui lui évolue en TCR Europe et World auprès de l’équipe Hyundai cette année, n’en a pas la même utilisation : « Il l’utilise mais beaucoup moins que moi. C’est juste pour apprendre la piste, savoir où freiner et lui, ça lui suffit. » En dehors de ça, afin de se mettre dans les meilleures dispositions, Mathis Briché n’hésite pas à piquer une tête dans un sauna afin de se préparer au phénomène de sudation intensif lors des courses. Mais lorsque la course approche à grands pas, celui-ci adopte une approche plus musicale afin de  » se séparer un peu de tout le monde. Après, c’est que de la concentration. Il faut vraiment essayer de se mettre dans une bulle, il faut être débranché. »

A terme, Mathis Briché souhaiterait rouler au sein du championnat d’endurance, que ce soit en GT ou en Hypercar. Un rêve tout à fait atteignable pour ce prodige, véritable passionné de pilotage. Cependant, il reste lucide quant aux ressources nécessaires à cet objectif : « Au niveau du budget, ‘est-ce qu’on va réussir à trouver du budget ?’, tout dépendra de ça. Puis des performances aussi, il faut réussir à performer, ça dépend surtout de ces deux facteurs-là. » Pour ce faire, Mathis tend toujours l’oreille aux éventuelles sponsors qui pourraient l’aider lui et sa famille à continuer à performer au plus haut niveau.

Un jeune prodige, mais un jeune avant tout

En dehors de ses week-ends à cent à l’heure, Mathis est aujourd’hui alternant au sein d’un BTS NDRC afin de lui donner tous les outils nécessaires à la communication digitale et au commerce compatibles au sport-auto. Forcément, les retours sur les bancs de la classe se font durs lorsque ses week-ends se font à 250km/h. « Quand on revient, on était à 220 la veille en pleine course à se battre avec d’autres pilotes. Quand on va au cours le lendemain en voiture, on est à 50km/h sur la route, il y a une différence« , raconte-t-il en rigolant. Surtout que les courses sont assez espacées dans l’année, donc forcément cela accentue la sensation de manque, dans ce monde où « tout va bien, tout est parfait, tout est beau », selon les mots du principal intéressé, véritable passioné. A ce sujet, il ajoute : « On se dit qu’on vit pour ça aussi. Et puis, quand on est dans la voiture, on est dans la voiture, on est en pré-grille, on attend le départ, il y a l’adrénaline, il y a le stress, on pense à  ce que je vais faire, comment ça peut se passer, qu’est-ce qui peut se passer, si ça ou ça ça passe, c’est génial, c’est un autre univers, c’est un autre sentiment. » Cependant, Mathis est très conscient de la chance et du privilège qu’il a de vivre son rêve à fond. Une maturité qui force le respect, surtout dans un sport où les égos l’emportent souvent, et ce quel que soit le talent du, ou de la pilote.

« J’ai une chance exceptionnelle de vivre le sport auto, je ne vais pas me plaindre. Il y a des milliers de gens qui aimeraient être à ma place. C’est pour ça que sur les circuits je profite d’autant plus, je sais que j’ai une chance extraordinaire. »

La suite pour Mathis Briché se fera donc le week-end du 10 octobre prochain au Castellet, une course certes dont l’objectif est avant tout de gagner de l’expérience, mais qui sera l’occasion aussi pour nous de le voir étaler toute sa grâce.

Noa Lambert
Crédit photo : Léandre Leber – Gazettesports.fr

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