SOUS LE MÊME MAILLOT : Les frères Lupette, le CrossFit dans la peau

Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce huitième numéro, interview croisée de Lucien et Hugo Lupette, deux jeunes frères pratiquant ensemble le CrossFit.

C’est dans l’intimité de la salle Samarobriva CrossFit que l’on retrouvait deux jeunes frères, amoureux de la discipline depuis leur enfance. Pour rappel, le CrossFit est justement un ensemble de plusieurs sports. « Il y a de la gymnastique, il y a du cardio, de la coordination, de la mobilité, il y a de l’haltérophilie… ça réunit plein de domaines pour justement faire grandir le sport », expliquaient ensemble Hugo, 17 ans, et Lucien, 15 ans. Dans la salle, des pratiquants de tout âge mais surtout des membres d’une même famille : « Il y a plein de personnes qui commencent après, leurs parents se mettent aussi à la discipline parce que ça leur plaît et ça permet de partager aussi un truc en famille », raconte l’aîné de la fratrie Lupette. Lui, son frère et ses parents ont emménagé à Amiens il y a dix ans et avaient abandonné toute activité sportive. Et c’est finalement lors d’une kermesse d’école et d’un échange avec le directeur, qui pratiquait la discipline, que l’histoire entre la famille Lupette et le CrossFit a commencé en 2017 : « On avait gagné un bon pour faire une séance d’essai et c’est lui qui avait commencé », se souvient Hugo, qui suivait, quelques semaines plus tard, le mouvement tout comme ses deux parents.

Hugo Lupette

Pour la majorité des personnes, le CrossFit souffre d’une image de sport de « bourrins », inadaptée aux enfants. Mais si Hugo et Lucien ont pu très tôt s’y épanouir, c’est que cette image est erronée : « À 5 ans, on ne soulevait pas de charges, assure Lucien. C’était, par exemple, des échelles, de la marche de l’ours, des choses très adaptées pour les enfants. Après, quand on a un peu plus grandi, je crois que c’est le créneau 9-14 ans, il y avait un peu plus de charges mais ce n’était rien d’excessif. On soulevait un kilo, grand max. » Malgré une pratique qui varie en fonction de l’âge, les deux frères ont pu, par le passé, subir des remarques dans leur famille, quand bien même leurs parents les soutiennent puisqu’ils sont aussi pratiquants : « Ils disent qu’on est des malades, s’amuse Hugo. Certains ont une mauvaise image de ce sport. Pour eux, c’est soulever des pneus. Alors que quand tu fais une séance d’essai, tu vois que ce n’est pas ça. » Beaucoup estiment le port de charges dangereux, y compris à l’adolescence, notamment par le fait que le mythe du ralentissement de la croissance (qui n’est pas tout à fait faux) soit répandu : « Je me suis pris beaucoup de remarques parce que, comme j’étais toujours le plus petit de mon groupe de potes, tout le monde m’a dit, même les coachs de rugby : « Ce n’est pas bien de se mettre des charges à ton âge« , se souvient l’aîné, qui n’a donc pas que le CrossFit dans la vie.

Quand tu as fini […] tu es fier de toi parce que tu t’es dépassé. Durant la séance, tu en baves, mais c’est la fin qui compte. »

Hugo lupette

Mais cette discipline reste son amour numéro 1 : « J’ai essayé plein d’autres sports, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Mais aussi, faire un truc avec son petit frère, puisqu’on est assez compétiteurs, c’était l’occasion. » Surtout, les deux frères ont un sentiment de satisfaction immense après une séance ou une compétition, plus que dans n’importe quelle autre activité : « Quand tu as fini, tu es… Je ne sais pas comment s’appelle cette sensation, mais tu es bien dans ton corps, tu es à l’aise. Et puis, tu es fier de toi parce que tu t’es dépassé. Durant la séance, tu en baves, mais c’est la fin qui compte », souligne le plus âgé des deux frères Lupette. Lequel était parti pendant neuf mois aux États-Unis, laissant Lucien seul au Samarobriva CrossFit. Un véritable choc pour les adhérents qui ont toujours eu l’habitude de les voir ensemble ! « Quand je suis revenu, on m’a beaucoup confondu avec Lucien, se rappelle Hugo avec le sourire. On va me dire : ‘Lucien, t’es revenu’. On nous associe quand même, par exemple, quand je suis là et qu’il n’est pas là, ça n’arrive pas souvent parce qu’il est tout le temps là, mais on me demande où est Lucien. »

Une association aux deux caractères distincts

Car les deux frères sont inséparables ou presque et cela se ressent dans leur relation. « Je le taquine un peu, il me taquine un peu. Mais c’est rien de méchant. Ce n’est pas une rivalité malsaine. Il y a surtout de l’encouragement. Sinon, on n’avancerait pas ensemble, on ne ferait pas des compétitions ensemble », assure Hugo. « Si on s’embrouille, ce qui arrive entre frères, on essaie de faire un effort pour que la séance se passe bien », précise Lucien. En compétition, ils font le maximum pour rester soudés, s’entraider et s’encourager, peu importe les circonstances, afin que cela ne déteigne pas sur leur performance : « On ne va pas s’embrouiller, sinon on va la gâcher. On s’oblige aussi pour l’autre et puis même pour les autres, ce n’est pas sympa, deux frères qui se tirent la maille. Peut-être qu’on s’embrouille un peu plus à l’extérieur finalement« , réfléchit le frère âgé de 17 ans. Les deux aiment pratiquer ensemble et parfois chacun de leur côté, leur discipline leur offrant la possibilité d’évoluer en équipe, en duo ou en solo. « Parfois, j’aime bien être tout seul, avancer tout seul et un peu me comparer à d’autres pour aller de l’avant », confirme Hugo. Lucien apprécie aussi les deux options mais avoue « que, quand même à deux, c’est plus sympa. »

Lucien Lupette

Lorsqu’ils concourent à deux, les frères Lupette ont un avantage que beaucoup de binômes n’ont pas : celui de se connaître par cœur, ce qui est très important dans un sport où la coordination et la coopération sont des éléments clés pour réussir. « Des fois, avec un partenaire qu’on connait, mais avec qui on ne vit pas, c’est compliqué des fois de savoir [ce qu’il pense] », soulève le cadet. « Et si tu ne connais pas par cœur ton partenaire, tu ne sais pas comment il pourra agir si, par exemple, il est énervé« , poursuit l’aîné. Et celui-ci est coutumier du fait puisqu’il concède que son petit frère est plus calme et plus posé que lui. « Moi, je suis assez nerveux. Si je vois qu’on perd, je vais commencer à m’énerver, mais pas dans le bon sens. Ça peut te nuire, comme ça peut te faire avancer. » Lucien juge que sortir de ses gonds est plus souvent un fardeau qu’une source de motivation : « Le fait de s’énerver, ça te déconcentre quand même. Après, ça se joue aussi au mental. Je l’encourage pour ne pas qu’il lâche, pour ne pas qu’il soit à bout, pour ne pas qu’il continue, malgré qu’il soit énervé. » Voilà deux frères aux qualités athlétiques similaires mais aux caractères différents qui se complètent, formant une alchimie presque parfaite.

Des objectifs importants pour l’un, mesurés pour l’autre

Les Lupette savent faire la part des choses. Tantôt ils recherchent la performance, tantôt ils pratiquent ensemble pour simplement partager un moment avec l’autre. « Si on veut chercher la performance, on trouvera toujours meilleur que soi, lance Lucien. Après, peut-être que ça ne sera pas la même entente. Peut-être que tu ne vas pas t’entendre avec ton autre partenaire. Il faut choisir entre les deux. » S’ils participent à des compétitions à deux en règle générale, il arrive qu’ils y prennent part chacun de leur côté, comme c’est le cas lors de ce qui correspond aux championnats du monde de leur sport : « C’est une compétition ouverte à tous, mais plus tu es bon, plus tu avances dans le programme. Donc ça fait quart de finale, demi-finale et finale. Et c’est contre tout le monde. Tu peux avoir des Brésiliens, des Canadiens, des Australiens, n’importe qui. Partout dans le monde, on peut s’inscrire« , explique Lucien.

Hugo Lupette – Lucien Lupette

Cette année, le plus jeune des deux frères a atteint la demi-finale. « J’aimerais bien aller loin, en tout cas dans le CrossFit. J’aimerais bien aller en finale. Ce serait rendez-vous en Californie. Parce que la finale, c’est là-bas. La demi-finale, il faut filmer, envoyer les vidéos au gérant du CrossFit, il les checke, il voit si tu fais bien les mouvements, s’il n’y a pas de no-rep (une répétition non validée car elle ne respecte pas les standards de mouvement imposés, ndlr). » Lucien est extrêmement ambitieux dans sa discipline, ce qui est un peu moins le cas d’Hugo, qui apprécie tout autant la pratique collective du rugby et qui, de fait, consacre un peu moins de temps au CrossFit. Malgré tout, suivre les pas de son petit frère aux États-Unis, « c’est un rêve, mais je pense qu’il a plus les moyens que moi. […] Mais s’il me propose de faire une compèt’, je le suivrai. Je serai toujours motivé pour le suivre. » Les chemins longtemps communs des Lupettes vont, peut-être, petit à petit se séparer, l’âge avançant et les objectifs divergeant. Mais la passion du CrossFit qui les anime tous les deux perdurera quoi qu’il arrive et restera un marqueur indélébile d’une relation fraternelle forgée à la force du corps, mais aussi du cœur.

Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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