Sport-santé : entretien avec Cathy Dehez

A l’occasion de notre numéro sur le thème du Sport-Santé, nous avons rencontré Cathy Dehez, chargée de développement sportif à Amiens Métropole pour échanger avec elle sur le sujet.

Pour commencer, qu’est-ce que représente pour vous le sport santé ? C’est une notion assez vaste.

Effectivement le sport santé est vraiment une thématique globale. On peut en effet y mettre pas mal de choses. Selon moi, cela englobe les personnes qui sont éloignées de l’activité physique, qui n’ont pas fait d’activité depuis longtemps, qui n’en ont jamais fait ou qui souhaitent se remettre à l’activité physique mais qui ne savent pas comment s’y prendre. Ils ont peur de mal faire, que ce soit potentiellement dangereux pour leur santé. Ce public entre pour moi dans le sport santé, dans lequel il y a 3 niveaux de prévention : la prévention primaire, secondaire et tertiaire.
La primaire, ce sont des personnes qui n’ont pas forcément de soucis de santé mais qui souhaitent s’y remettre doucement de façon sécurisée ou qui sont éloignées de la pratique.
La secondaire, ce sont des personnes qui commencent à avoir des soucis de santé, des pathologies où il faut une adaptation de la pratique. On observe des limitations fonctionnelles sur ce public-là.
La tertiaire où, là, les limitations fonctionnelles sont assez importantes, et là on entre vraiment dans le cadre du sport dit « sur ordonnance ». Je vulgarise un petit peu, mais c’est globalement ça.
Le sport santé englobe donc tous les profils, les plus jeunes mais aussi les adultes.

Le sport sur ordonnance, qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a une loi qui encadre le sport dit « sur ordonnance ». Pourquoi je place le sport sur ordonnance entre guillemets c’est parce qu’on pense ordonnance, et donc remboursement. Alors que pas du tout. Il y a eu une phase expérimentale notamment à Strasbourg mais c’est tout. On parle de sport sur ordonnance lorsqu’il y a une prescription du sport d’un professionnel de santé, d’un médecin traitant. C’est un décret de décembre 2016 qui a mis cette notion sur la table. Complété par d’autres arrêtés plus récents, il permet aux médecins de prescrire du sport pour les personnes souffrant d’ALD (affections de longue durée). Il y a une liste établie de la sécurité sociale de ces ALD, en tout il y en a 30. Ce sont ces profils-là qui rentrent dans la prescription.

On parle de sport sur ordonnance lorsqu’il y a une prescription du sport d’un professionnel de santé, d’un médecin traitant.

Comment réagissent les médecins par rapport à ça ?

Il y a eu une publication dans le journal du syndicat des médecins où justement il y avait un mécontentement de certains d’entre eux en disant “Stop aux prescriptions”. Il y a une autre problématique au niveau de ce côté sport sur ordonnance, c’est la méconnaissance de certains médecins par rapport au monde sportif. Qui fait quoi ? Comment font-ils ? Est-ce que si j’envoie un patient chez un professionnel du sport il va être bien pris en charge ? Va-t-on prendre en compte ses pathologies et proposer une activité physique adaptée ? 
Il y a un véritable besoin de structuration sur ce volet-là. C’est pour ça qu’au niveau national en 2019 le ministère des sport et le ministère de la santé ont écrit et cosigné une stratégie nationale du sport santé. Il souhaite offrir un cadre structuré au sport santé et permettre d’y voir plus clair, que ce soit au niveau des professionnels de santé et du milieu sportif et du grand public.

Comment expliquer cette « réticence » du milieu médical ?

Il y a sûrement un manque de connaissances de la part des médecins sur les formations de chaque encadrant. Au-delà de la problématique qui fait quoi, c’est forcément comment fait le public pour s’y retrouver. Suite aux différents décrets, certaines fédérations sont maintenant habilitées à encadrer le sport santé. J’ai par exemple rencontré une neurochirurgienne dont la patiente souhaitait faire de la boxe, on peut se dire dans ce cas-là c’est un peu compliqué, mais en réalité il y a des adaptations, des mouvements de boxe sans par exemple porter les coups. Il y a aussi par exemple le fit hand, il y a de plus en plus de fédérations qui proposent des choses au niveau du sport santé et encore plus dans le cadre de la Covid car il faut obligatoirement se renouveler, repenser sa pratique, c’est super important. Il reste un gros travail à faire en termes de sensibilisation des médecins à la prescription car certains connaissent ce décret de loi mais ne prescrivent pas. Le ministère des sports est plus sensible à tout ça mais il reste encore un gros travail à faire.

On parle aujourd’hui de Maisons sport-santé, quels sont leur rôle ?

L’objectif des maisons sport santé c’est de structurer cette offre sport santé, de sécuriser le parcours des usagers qui souhaitent se remettre à l’activité ou alors des patients. Cela permet de constituer un véritable réseau pour qu’on y voit plus clair. L’objectif du gouvernement c’est qu’il y ait 500 maisons sport santé d’ici 2022. Pour obtenir le statut maison sport santé, les structures répondent à un appel à projet. Tout le monde peut se positionner, ça peut être une collectivité, une association, une salle de fitness privée, un centre hospitalier et il faut répondre à un cahier des charges, et justement mettre en avant le travail de mise en réseau avec le milieu médical et le milieu sportif. Sur le territoire d’Amiens Métropole il y a pour le moment deux maisons sport santé. Les deux sont celles de l’office des sports et de l’Ufolep 80.

L’objectif des maisons sport santé c’est de structurer cette offre sport santé, de sécuriser le parcours des usagers qui souhaitent se remettre à l’activité ou alors des patients

Dans les faits, comment cela fonctionne ?

Au niveau de l’office des sports on a souhaité réactiver l’ancien réseau sport santé porté par le CROS (le réseau a disparu suite à la fusion des régions) suite à plusieurs demandes concernant ces problématiques. Donc fin 2018 on s’est réuni pour une conférence sport santé afin de réactiver tout ça. A partir de Janvier 2019, il y a eu 6 groupes de travail avec des professionnels de santé, des kinés, des éducateurs sportifs, des associations, le département, la DRAJES, on a vraiment essayé de mettre les acteurs clefs afin de créer un enthousiasme partagé autour de cette thématique. Au bout de 6 mois l’appel à projet est sorti, on y a répondu et on a été certifié sport santé en janvier 2020. Une fois le produit fini, on a commencé à démarcher afin de bien identifié l’offre sport santé d’Amiens Métropole dans un premier temps. On fait ensuite rentrer dans le réseau les clubs en vérifiant les diplômes des éducateurs sportifs, on est allé tester des séances sport santé, on allait sur place on testait la séance afin de vérifier que le réseau soit bien sécurisé et adapté. On a été expliquer ça au CHU et ils étaient très intéressés par la démarche. Il y a tout ce travail à faire pour la mise en confiance du personnel de santé, pour qu’ils nous envoient des patients. Derrière, l’enseignant APA fait un bilan de condition physique ou se met en lien avec les professionnels de santé. On essaye de privilégier le suivi.


Avec le contexte actuel y a-t-il une prise de conscience générale sur le sport santé ?


On l’a vu dès le premier confinement. Tous les gens qu’on a vu dehors courir, c’est un sentiment de regagner sa liberté. Il faut tout repenser et surtout dans le contexte covid, comment inciter les gens à venir en club, à refaire du sport. Les clubs ont mis beaucoup de moyens en œuvre pour que ce soit sécurisé au niveau sanitaire. Ils ont joué le jeu à fond. Je pense que ça repartira au niveau de l’activité mais c’est sûr que pour cette saison ça va être compliqué.

Propos receuillis par Timothée Hallet et Dorian Martin-Maisse

Crédit Photo : Cathy Dehez

Après 7 ans d’existence, GazetteSports, qui est historiquement un média d’actualités, complète son offre média avec un nouveau format de magazine qui a pour objectif de traiter localement de problématiques nationales liées au sport amateur. Basé à Amiens, nous avons à cœur de développer le lien avec les associations et mettre en avant les acteurs locaux. Les grands thèmes du magazine seront abordés de manière cyclique tous les 15 jours, cela tout au long de l’année (Bénévolat / Sport-Santé / Mixité / Handicap / Arbitrage…).

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