Clara Peyraud, championne à la force tranquille

À 24 ans, Clara Peyraud est déjà un grand nom de la force athlétique tricolore. Membre de l’équipe de France depuis 2019, la néo-Amiénoise à l’entraînement et au cadre de vie millimétrés a déjà un palmarès bien rempli, mais ses objectifs en tant qu’athlète et que personne sont encore nombreux.

Clara Peyraud pratique la force athlétique, une discipline souvent confondue avec l’haltérophilie. Pendant longtemps, les deux disciplines faisaient d’ailleurs partie de la même fédération avant que l’haltérophilie prenne son indépendance. Le fonctionnement des compétitions est similaire avec des mouvements de force à réaliser et trois tentatives pour soulever la plus grosse charge possible. En haltérophilie, il existe deux catégories : l’arraché et l’épaulé-jeté. En force athlétique, les mouvements sont au nombre de trois : le squat, le développé-couché et le soulevé de terre. Trois spécialités bien distinctes qui font travailler différentes parties du corps : « Le squat va utiliser tout ce qui est flexion de jambes, le développé-couché va être axé sur le haut du corps et enfin le soulevé de terre sollicite plus le dos et la chaîne postérieure », explique celle qui est venue habiter à Amiens il y a un an.

J’ai réalisé un premier soulevé de terre à 100 kg alors que j’avais 14 ans.

Clara Peyraud

Rien ne la prédestinait à un tel destin dans la force athlétique, même si elle a toujours bénéficié d’une force naturelle. Elle s’adonnait d’abord à l’équitation, qu’elle pratiquait durant 12 ans. Mais lorsqu’elle découvrit son potentiel athlétique, une discipline bien moins coûteuse et dans laquelle elle avait une chance d’évoluer au plus haut niveau, la Grenobloise de naissance se décida à lâcher les rênes pour les barres. La faute, ou plutôt grâce à son frère, Nicolas, aujourd’hui son entraîneur. Pratiquant du rugby à un bon niveau, il pratiquait une forme de force athlétique lors des entraînements. Réalisant de bonnes performances, son père se renseignait sur ces exercices effectués et découvrait le site de la Fédération Française de Force. Il trouvait un club à Grenoble et s’engageait à 100% dans ce sport. Forcément, Clara Peyraud finissait par y toucher : « J’étais encore au collège, mon frère et mon père se sont mis ensemble pour me lancer le défi d’essayer. On était assez convaincus que la force est quand même génétique, donc j’ai réalisé un premier soulevé de terre à 100 kg alors que j’avais 14 ans. La barre n’était pas du tout homologuée, il n’y avait rien d’officiel, mais mine de rien, sans avoir un passif de musculation, j’ai soulevé une barre à 100 kg. Et du coup, on s’est dit qu’il y avait sûrement un gros potentiel quand même. » La voilà à s’entraîner une à deux fois par semaine dans le garage de ses parents, le début d’une histoire sportive et humaine qui s’écrit encore aujourd’hui.

Un talent exceptionnel, une ascension fulgurante, un professionnalisme bluffant

Dès lors, rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Ni la société pour qui les sports de force sont généralement attribués aux hommes, et ce grâce à la présence de pôles espoir judo et rugby dans son lycée, lui permettant d’être davantage dans la compétition saine avec ses homologues masculins que dans la critique. Ni les quelques membres de la famille qui ne voyaient pas d’un très bon œil la pratique : « Notre maman était quand même un peu réticente au début. Surtout quand mon frère a commencé la musculation. Il y avait beaucoup de clichés autour de la musculation. Comme quoi, ça arrêtait la croissance, etc. Ma grand-mère aussi était un peu dans : le muscle, la femme, est-ce que c’est féminin ou pas ? » Aujourd’hui, des études tendent à démontrer qu’une musculation précoce mais contrôlée peut être bénéfique. Mais Clara Peyraud n’a pas eu besoin de ça pour emmener avec elle les sceptiques. Ses performances et son épanouissement personnel lié à la pratique ont emmené tout le monde dans son train : « Maintenant, mes parents nous suivent sur les compétitions internationales. Ils sont vraiment à fond derrière nous. Même si je n’ai pas laissé le choix (sourire). »

Clara Peyraud, une force qui passe par l’optimise.

À un âge où l’on se pose beaucoup de questions sur soi et sur son avenir, la Grenobloise avait trouvé dans la force athlétique un moyen d’y répondre. « J’avais une espèce de fil rouge au quotidien. Et ça m’a tout de suite donné une hygiène de vie, et une discipline, là où à l’adolescence, on se cherche énormément. Juste le fait d’avoir le sport, et de voir mon évolution dans ce monde-là, dans cette perspective, c’était plus facile pour ensuite construire le double projet scolaire-études à côté. » Clara Peyraud a commencé à augmenter la cadence, s’entraînant 4 à 5 fois par semaine, sur des séances allant d’une heure à 3 heures. Un temps qu’elle avait de moins en moins après le lycée, ce qui l’a obligée à mettre en parenthèse d’autres aspects de sa vie. Le sport lui a donné une direction, un chemin à suivre, mais a pu l’empêcher d’emprunter d’autres sentiers : « Quand je n’étais pas en entraînement, j’étais en train de réviser. Il fallait accepter, à une certaine période, de mettre sa vie sociale un peu de côté. » Les semaines qui précèdent une échéance importante, exit les sorties tard le soir, les excès, la vie classique d’une jeune adulte en somme. Mais Clara a tenu ce train de vie car tout est question d’équilibre : « À l’approche des compétitions, je vais ultra optimiser ma vie d’athlète, et à l’inverse, quand j’en suis un peu loin, je mets beaucoup le social en avant et l’athlète en retrait. »

Des sacrifices consentis et un équilibre trouvé qui ont permis à l’athlète d’avoir, à 24 ans seulement, un palmarès déjà bien fourni. En catégorie subjuniors (-18 ans), elle a remporté la médaille d’or au niveau européen et mondial. Chez les juniors, bis repetita avec deux titres européens et un titre mondial. Après quelques années sans titre mais de beaux accessits chez les adultes, le déblocage a lieu en 2025 avec un titre de championne d’Europe open et une 4e place aux World Games, les « Jeux olympiques des sports non-olympiques ». En 2026, la néo-Amiénoise a conservé sa couronne européenne et a terminé 5e des Championnats du monde. De nombreux titres, une régularité exceptionnelle mais aussi des records personnels à couper le souffle : 197,5 kg au squat, 130kg au développé couché, 250kg au soulevé de terre, record de France féminin, et un meilleur cumul à 575kg.

Clara Peyraud est toujours à la recherche d’optimisation pour atteindre ses derniers objectifs.

Santé, nutrition et mental : les clés cachées du succès

Mais l’entraînement assidu n’a pas construit à lui seul l’athlète et la championne qu’est devenue Clara Peyraud. Bien d’autres problématiques ont dû être prises en compte tout au long de sa carrière afin d’optimiser son potentiel, à commencer par les soins. Dans une discipline qui met à rude épreuve le corps, il a été intelligent d’y aller de façon progressive, d’augmenter les heures et les charges d’entraînement au fur et à mesure, mais aussi de réaliser un suivi médical poussé. « L’avantage d’avoir des parents sportifs, c’est qu’on est vachement sensibilisés à faire du kiné, à voir des ostéopathes, etc. Depuis la gamine, je vais voir un ostéo au moins une fois par an pour un check-up complet, pareil pour la kiné. Actuellement, je passe trois fois par semaine chez un kiné. Et on n’a jamais eu peur, si on a mal quelque part, d’aller voir le médecin, de demander une ordonnance pour une IRM ». Malgré un sport exigeant, l’athlète n’a jamais eu de grosses blessures. Dame Nature lui a conféré la génétique de sa famille, une force naturelle qu’elle n’a eu qu’à exploiter sans en abuser. « Il faut écouter son corps, tout simplement. »

Le mental, c’est bien 70% de la performance.

Clara Peyraud

La nutrition est également un élément essentiel d’une sportive de très haut niveau. Là aussi, Clara Peyraud a eu le luxe de profiter du régime alimentaire qu’observaient ses parents lorsque ceux-ci effectuaient des marathons, par exemple. « On a toujours bien mangé équilibré chez moi. J’ai toujours mangé des produits locaux. Donc forcément, c’est un héritage qui se transmet. Aujourd’hui, je fais attention à ça, j’ai des valeurs sur le plan nutritionnel. » Pour optimiser un peu plus ce point, elle a été suivie, il y a deux ans, par une nutritionniste et elle compte, dans les semaines à venir, refaire un point avec elle pour ajuster ses besoins d’apports. Enfin, et c’est peut-être ce qui fait la force de Clara, plus que les entraînements purs, c’est le travail mental effectué depuis 2022 qui fait la différence, celui qui permet à la double championne d’Europe d’avoir son exceptionnelle régularité. « Le mental, c’est bien 70% de la performance, il faut trouver la routine qui marche, les mots qu’on va se dire, avoir un rituel avant d’aller sur la barre. Chaque athlète est différent, chaque athlète a sa façon de s’exprimer, donc il faut trouver ce qui nous est propre, il faut trouver les outils qui marchent pour nous, et c’est comme ça qu’on optimise la performance », détaille l’athlète grenobloise. Sa technique pour rester focus : se parler. À voix basse lorsqu’elle s’entraîne en musique, à voix haute en compétition « pour occuper cet espace cérébral, se donner confiance, des conseils techniques, et toujours dans du discours positif. »

Des rêves à réaliser et un besoin de transmission

Au plus haut niveau depuis 8 ans maintenant, Clara Peyraud a déjà accompli beaucoup de choses, gagné beaucoup d’épreuves prestigieuses. Mais il manque à son armoire à trophées une médaille, voire le titre mondial chez les Élites, mais aussi un podium aux World Games qui ne se déroulent que tous les 4 ans. Le prochain aura lieu en 2029. Elle aimerait également franchir la barre symbolique des 600kg au cumul des trois spécialités. En attendant, la néo-Amiénoise va observer une période de repos après avoir enchaîné 5 compétitions en 10 mois, alors que la moyenne sur un an est de 3. « On est un sport où le système nerveux est beaucoup impliqué, donc il a besoin de récupérer. Pour progresser, il faut travailler sur le long terme, il faut qu’on construise quelque chose. » Prochaine échéance en décembre avec les championnats de France, lesquels sont qualificatifs pour la saison internationale de 2027. En parallèle, Clara Peyraud aimerait intervenir auprès des plus jeunes et du grand public afin de faire découvrir sa discipline et briser les clichés l’entourant encore. À ce titre, elle a déposé une candidature pour être ambassadrice samarienne du département de la Somme. Une sportive inspirée et inspirante qui continue de grandir et de gagner en force.

Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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