SOUS LE MÊME MAILLOT : Les sœurs Barbier, entre complicité et rivalité sur la glace

Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce sixième numéro, interview croisée de Louise et Angèle Barbier, joueuses de hockey sur glace au sein de l’équipe féminine des Gothiques d’Amiens.

Voici le sixième numéro de cette série, mais le premier consacré à une sororie. Louise Barbier, 22 ans, et sa sœur, Angèle, 17 ans, se sont prêtées au jeu des questions-réponses dans les gradins du Coliseum et ont raconté leur histoire commune dans le hockey sur glace, laquelle mêle rivalité et complicité évidente. De presque 6 ans l’aînée d’Angèle, Louise a logiquement été la première à se lancer dans une pratique sportive : « À la base je faisais de la gymnastique parce que mes parents ont toujours voulu qu’on fasse un sport. Mais j’en ai fait qu’un an parce que j’étais nulle, vraiment très nulle, et ça ne me plaisait pas. » Elle participait alors à un stage multi-activités au Coliseum pour se trouver une autre discipline. Parmi celles présentes, le hockey sur glace : « J’ai testé, ça m’a plu et puis au mois de septembre j’étais inscrite au HCAS. Je crois que j’avais 8 ans. » De son côté, Angèle a toujours patiné, pratiquant d’abord le patinage artistique. Mais une fois l’âge minimum requis atteint, elle se mettait aussi au hockey. « Je ne suis pas très tout ce qui est artistique et du coup, j’ai suivi ma sœur. »

Angèle Barbier, à gauche, et Louise Barbier, à droite.

Dès lors, les deux sœurs gravissaient les échelons dans leurs catégories respectives, perpétuant une petite tradition au sein des équipes féminines des Gothiques puisque les sorories sont nombreuses avec, par exemple, les Wattel et les Gachon-Berger. Lorsqu’elles sont ensemble, les Barbier sont souvent vues comme une entité : « C’est vrai que des fois, les entraîneurs nous regroupent. Ils nous appellent souvent les Barbier ou « les Barbier, allez sur la glace ». On n’est pas souvent différenciées », lance Angèle. « Ça arrive même parfois qu’il se trompe de prénom, mais bon, ce n’est pas grave », poursuit Louise. À ce titre, l’aînée se souvient d’une anecdote insolite : « J’avais un préparateur physique que j’ai eu quand j’étais en U13 ou en U15 et je l’ai recroisé. Et il m’a dit : « Ah, je me souviens de toi », alors que ça faisait longtemps qu’il ne m’avait pas entraîné. En fait, il m’avait confondu avec Angèle. Il croyait que j’étais en U17 alors que j’avais 20 ou 21 ans !« 

Sur la glace, elle préfèrent s’opposer que de s’allier

Ces 6 ans d’écart ont longtemps empêché les deux sœurs d’évoluer ensemble. Pire, la première fois qu’elles se retrouvaient sur la glace, c’était dans une équipe différente, Louise ayant fait ses valises le temps de quelques mois pour Neuilly-sur-Marne. « On s’est affrontées en championnat féminin, c’était bizarre de la voir jouer sur la même glace que moi parce que j’avais l’habitude de venir la voir et elle de venir me voir, mais jamais d’être sur la même glace. » Mais très vite, l’étonnement a laissé place à une vraie rivalité sororale : « On a créé des petits duels entre nous quand on se croisait« , confirme Angèle. « Quand on fait des tournois où on n’est pas dans la même équipe, j’ai plus envie d’avoir le palet que si c’était une autre fille », avoue Louise, qui trouve dans l’affrontement de sa sœur une véritable motivation. « Personnellement, je préfère jouer contre elle parce que je trouve ça plus drôle« , insiste la cadette.

Louise Barbier tout sourire en écoutant sa cadette.

Car s’opposer est une bonne excuse pour charrier l’autre lorsque l’on a l’occasion : « Par exemple, j’ai déjà réussi à dépasser Louise sur un match et je l’ai narguée pendant plusieurs semaines parce que je l’avais dribblée« , s’amuse la plus jeune des deux. D’autres fois, ces affrontements peuvent donner lieu à des petits conflits, comme lorsque Louise cassait la crosse de sa sœur lors d’un duel : « Elle était en colère », se rappelle-t-elle. « C’est passé vite », rétorque Angèle. « Ça a duré deux jours quand même (rire). » Mais même si elles préfèrent jouer l’une contre l’autre, il leur arrive d’évoluer ensemble et de prendre du plaisir : « On a joué de temps en temps ensemble en défense sur la même ligne selon les entraîneurs, selon les matchs. On s’entendait quand même bien, même si, comme des frères et sœurs, des fois on se dispute un peu, alors qu’on ne se disputerait pas avec une coéquipière sur le même sujet. Mais on s’entend quand même très bien, ce ne sont pas des conflits, juste des chamailleries« , rassure Louise.

Angèle et Louise hilares, symbole d’une belle complicité.

Sur la glace, les Barbier ont un profil technique et mental bien différent. Angèle, du haut de ses 17 ans, incarne la fougue d’une jeunesse portée sur l’offensive, au contraire de son aînée : « Je suis plus à prendre le palet pour monter à la cage. Louise, elle, est plus dans la défense, elle gère beaucoup mieux que moi les duels. » Louise précise : « Elle est plus rapide que moi, mais je pense que je réfléchis plus. » Plus réfléchie et aussi plus calme que sa petite sœur : « Tu t’énerves vite et tu te fâches vite », dit-elle en regardant Angèle. Mais je pense que c’est aussi avec l’âge parce qu’avant j’étais un peu plus comme elle. » Alors, qui est la meilleure des deux ? Difficile de le déterminer car, en un contre un, leur style de jeu s’imbrique. L’une défend mieux qu’elle n’attaque (Louise) et inversement pour Angèle. « C’est un style de jeu différent », « on est kiff kiff », estiment-elles.

Une passion commune qui a créé une vraie complicité

Si elles ne se font pas de cadeau sur la glace, qu’elles soient dans la même équipe ou adversaires, les Barbier démontrent néanmoins un véritable lien fusionnel en dehors. Dans les gradins du Coliseum, rires, sourires et échanges de regards complices ont rythmé la discussion. Le hockey les a rapprochés comme peu d’autres activités auraient été capables de le faire : « On a partagé plein de grands moments ensemble, raconte Louise. Quand on fait des déplacements, qu’on a des fous rires en commun, avec d’autres filles de l’équipe ou les entraîneurs, ça fait des bons souvenirs ensemble. 6 ans d’écart, ça peut paraître beaucoup pour certaines personnes, mais je trouve que ça ne se ressent pas trop. » Le hockey sur glace a été un moyen pour les deux sœurs de se retrouver, elles qui vivent au sein du foyer familial mais qui ont finalement peu l’occasion de se voir, entre l’emploi du temps chargé d’Angèle au lycée avec ses nombreuses options et les gros horaires de travail de Louise.

Angèle Barbier, le regard tourné vers sa grande soeur.

Fait plutôt original, Louise et Angèle ne sont pas les seules sœurs Barbier. Entre elles, était née Jeanne, ce qui explique la différence d’âge. Et contrairement à nos deux protagonistes du jour, cette dernière n’est pas du tout une adepte du hockey : « On s’entend très bien aussi, mais le hockey ça la saoule donc on ne peut pas lui parler de hockey. Alors qu’avec Angèle, je peux parler des Gothiques d’Amiens ou d’autres équipes et on connait plus nos copines respectives aussi », précise Louise. « Jeanne est plus dans le côté artistique. Elle a fait longtemps de la natation synchronisée, du patinage artistique aussi. Je pense qu’elle est plus dans les sports d’élégance. Et puis, elle n’est pas très compétition surtout, et les sports collectifs, c’est pas trop son truc », ajoute Angèle. La passion de la crosse a donc sauté une étape mais a permis la création de liens forts entre la première et la dernière d’une sororie de trois, chose plutôt rare.

Une suite à deux qui s’écrit en pointillés

Ces deux dernières années, les Barbier ont pu évoluer ensemble. Elles ont notamment participé au carré final du championnat de France, la saison passée. Si c’était le deuxième pour Louise (le premier en 2018, ndlr), c’était le premier pour Angèle qui était trop jeune jusque-là. « C’était cool de revivre ça avec elle. » D’autant que cette année était la dernière pour Louise au sein des Gothiques : « Je pars pour le travail l’année prochaine en Guyane normalement. Le dernier match qu’on a fait, c’était officiellement Grenoble. Je voulais ramener une médaille pour ma dernière année avec Angèle. Ça aurait été trop beau. Du coup j’ai beaucoup pleuré (rire). C’est un peu triste mais je me dis que je vais revenir. Et Angèle est encore super jeune, elle va encore rester à Amiens. » Une motivation supplémentaire pour la dernière citée, plus ambitieuse que jamais : « On va la gagner la prochaine fois pour elle », avant de s’adresser à sa sœur : « On te prendra une médaille. »

Malgré leur différence d’âge, les deux soeurs ont beaucoup de points communs.

Elle s’attendait, de toute façon, à ce que ce moment arrive tôt ou tard : Angèle : « Je savais très bien qu’elle allait partir à un moment ou à un certain âge. Je suis contente d’avoir joué avec elle.«  Malgré tout, les Barbier espèrent se retrouver un jour sur la glace, pourquoi pas dès la saison suivante : « C’est juste un contrat d’un an. Je pense que je vais revenir. C’est juste pour l’expérience perso. J’ai déjà demandé aux autres personnes du club si je revenais, si c’était potentiellement possible ou pas. Elles m’ont dit oui. J’ai déjà arrêté un an, donc je peux revenir encore. Mais elle sera peut-être trop forte (rire). » Souriantes et complices, Louise et Angèle Barbier représentent une sororie harmonieuse, où les petites querelles n’éclipsent jamais les bons moments passés et les souvenirs gravés. Et si la distance devrait les séparer le temps de quelques mois, le hockey restera toujours leur meilleur moyen de se rapprocher.

Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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