Sous le même maillot : Claudia Tison et Sacha Fouré, un frère et une sœur réunis par le roller hockey
Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce quatrième numéro, interview croisée de Sacha Fouré et Claudia Tison, joueur et joueuse au sein de la structure des Écureuils Amiens.
Ils sont loin d’avoir le même âge et ils ont finalement peu joué ensemble, mais Claudia Tison et Sacha Fouré, frère et sœur au sein de la structure des Écureuils d’Amiens, n’ont jamais eu besoin d’être proches géographiquement pour se comprendre mutuellement. Cette relation aussi forte qu’invisible au premier abord, ils la doivent à des chemins et une passion similaires, celle du patinage. D’abord adeptes de la glace et évoluant sous le maillot des Gothiques d’Amiens, les deux se sont ensuite retrouvés dans la pratique du roller hockey après quelques années loin l’un de l’autre : « J’ai fait du roller directement en même temps que la glace. Renaud et Clément jouaient déjà en Élite quand j’étais tout petit. J’ai arrêté le roller parce que je ne pouvais pas faire les deux en même temps. Et je suis revenu au roller il y a presque 10 ans », explique Sacha. Pendant 10 ans d’ailleurs, Claudia ne vivait plus dans la région et c’est en revenant à Amiens, il y a 5 ans, qu’elle décidait de rejoindre son frère et la structure amiénoise : « Je faisais du patinage artistique. Et suite à une blessure, j’ai arrêté. J’ai vu Sacha faire du hockey, je me suis dit « je vais essayer, je vais faire la même chose. » »

Pendant que le premier continuait son parcours chez les Écureuils, la seconde entamait le sien dans l’effectif de l’entente Amiens-Lille. Un moyen pour la fratrie de renforcer une relation mise en stand-by : « Claudia est partie très tôt de la maison. Durant beaucoup d’années, on ne s’est pas vus. On se voyait 15 jours par an, 20 jours grand maximum« , se remémore le petit frère. « On n’a pas vraiment grandi ensemble, avoue la grande sœur. Quand je suis partie chez mes parents pour le Pôle France, Sacha avait 11 ans. J’en avais 19. Je suis revenu habiter à Amiens il y a seulement 5 ans (dix ans plus tard, ndlr). » Si bien qu’elle redécouvre son cadet qui a, depuis tout ce temps, bien grandi : « Aujourd’hui, je suis face à un jeune homme. Je suis partie de chez moi, c’était un enfant. Il y a une part de sa jeunesse que je n’ai pas vraiment connue. Je l’ai connue à distance. Aujourd’hui, je suis face à un jeune homme qui a son entreprise, qui a son appartement, qui fait sa vie. » Désormais réunis ou du moins plus proches, ils ont l’occasion de se voir davantage. Bien qu’ils se savent tous les deux peu démonstratifs de leurs sentiments, ils peuvent compter sur la présence de l’autre dans les bons comme dans les mauvais moments, notamment lorsqu’il s’agissait de soutenir Claudia dans son combat contre la maladie.
Une fratrie unie, dans l’ombre comme dans la lumière
Une période difficile qui a empêché l’ancienne joueuse de l’équipe de France de hockey sur glace de profiter des siens à son retour dans la capitale samarienne : « Ça ne faisait pas très longtemps que j’étais revenue sur Amiens. Dans l’idéal, j’aurais aimé profiter des choses différemment avec ma famille ou avec mon frère. Mais ça tombe dessus comme ça. Tu l’annonces comme tu peux », confie la principale concernée. Sacha fut évidemment décontenancé par la nouvelle mais a tout fait pour soutenir son aînée : « On ne sait pas trop comment réagir. On est proche, mais en même temps, ce n’est pas nous qui vivons la maladie. À la maison, ça a été compliqué des fois. On a réussi à passer au-dessus et on s’est toujours entraidés. Même si on ne paraît pas proches comme ça, si jamais il y a un problème, on est toujours là. » Preuve de ce soutien inconditionnel qui a, en partie, permis à Claudia de tenir bon durant cette période, les nombreuses attentions de son frère : « Il y a certaines choses qu’on n’oublie pas. Lors de la première visite à l’hôpital, la première tête que j’ai vue, c’est la sienne. Pourtant, je sais que Sacha déteste les hôpitaux, il n’aime pas ce milieu-là. Quand ça n’allait pas, il me disait : « Il me faut un pantalon, viens avec moi. » Il n’a pas besoin de moi pour aller s’acheter un pantalon, mais ça te force à sortir de chez toi. Ce sont des petites choses qui restent. »

Mais cette période sombre a laissé place à des moments de partage bien plus réjouissants. L’assistante-coach d’Amiens-Lille dévoilait, sans même qu’on l’interroge à ce sujet, son meilleur souvenir récent avec le numéro 7 des Écureuils, récemment éliminés en demi-finales des play-offs de N1 : celui d’un carré final disputé ensemble la saison passée : « Je pense que ça restera gravé. Des médailles, on en a tous les deux gagné plusieurs. Mais sur celle-ci, Sacha s’est retrouvé sur le banc parce que Roman (Defrance) était suspendu. Faire une demi-finale sans coach, sans personne sur le banc, c’est très compliqué. Il est venu et on se retrouve à faire une finale ensemble. Jouer pour une médaille d’or, lui sur le banc et moi en tant que joueuse, c’est quelque chose qu’on ne vivra peut-être pas une deuxième fois. Il faut vraiment profiter de tous ces moments, même à l’extérieur du terrain. Par exemple, on a mangé à la plage. Ce sont des petites choses tellement simples mais qui, pour moi, ont beaucoup de valeur. » Évoluer ensemble sur le terrain pour des rencontres officielles, ce n’est en revanche pas un objectif à long terme pour ceux qui ont expérimenté la chose à une seule reprise avec l’équipe N3 des Écureuils, il y a deux ans. Simplement, ils prennent du plaisir à porter le même maillot lors des compétitions amicales organisées lors de l’intersaison : « C’est quelque chose que j’apprécie particulièrement, souligne Claudia. Parce qu’on est tous les deux, on passe des moments ensemble en faisant une passion commune. »
On n’a pas peur de se dire les choses.
Claudia Tison
Sur le terrain, pas de compétition particulière, pas forcément l’envie de montrer à l’autre qui est le plus fort : « On est deux très gros compétiteurs. Mais pas entre nous. On n’a pas peur de se dire les choses. Quand il y a quelque chose, on se le dit. C’est un autre avantage qu’on a. » Tous deux d’abord attaquants, mais aujourd’hui défenseurs, frère et sœur possèdent également un patinage similaire selon les dires de leurs coéquipiers, lesquels n’hésitent d’ailleurs pas à les chambrer lorsque l’occasion se présente : « Quand on entend Thomas Thierno qui dit : « J’ai eu la larmichette aux yeux, le frère qui marque et derrière la sœur. » C’est drôle. » Ils ont peu grandi ensemble et pourtant, ils se ressemblent : même trajectoire sportive, que ce soit dans la pratique, le style de jeu ou le poste, même parcours étudiant et surtout la même approche de leur relation. La seule chose qui différencie finalement les deux pensionnaires de la Veillère : « Lui, c’est les casquettes. Moi, c’est les bonnets (rire). » Fiers de leurs parcours respectifs, Claudia Tison et Sacha Fouré ont toujours su se tirer vers le haut. Sans être fusionnelle, leur relation fraternelle a bâti sa solidité à travers les épreuves, mais aussi le roller hockey, aujourd’hui un moyen de se rapprocher un peu plus et, d’une certaine façon, de rattraper le temps perdu.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr



