HANDISPORT : David et Timothée, la tête et les bras

Inséparables sur le court, David Sueur et Timothée Da Costa Santos, joueurs de tennis fauteuil, portent haut les couleurs d’Amiens. Qualifiés pour les finales de N3 par équipes, mi-avril à Saint-Malo et en lice à l’Open Cellenza de paratennis, de ce vendredi, à l’AAC, leur club.

Près de trois décennies les séparent mais David Sueur, 47ème joueur français, 51 ans à la fin du mois et Timothée Da Costa Santos, N°41 national, qui a fêté ses 23 printemps ce 5 mars, donnent l’impression d’avoir grandi ensemble. Peut-être parce que tennistiquement, c’est le cas depuis un an.

Originaire de Corbie, Timothée Da Costa Santos est par ailleurs étudiant en STAPS à Amiens.

« Et pourtant je suis quelqu’un de très solitaire, David le sait… Je n’aime pas le double parce que je ne peux pas jouer comme en simple, être un peu fantasque, prendre autant de risques. Mais tu peux jouer sur la motivation de l’autre » explique Timothée. « Et David, il est super cool, juste un peu têtu, mais il a tellement progressé… Ça fait plaisir à voir ! Sur la phase interrégionale des championnats par équipes, il en a surpris plus d’un… Il jouait mieux que moi. Je pense qu’il a un peu moins d’appréhension qu’avant en entrant sur le court. Il me copie un minimum, en se disant que ça ne sert à rien de se mettre la pression. Mentalement, il est devenu meilleur. Et techniquement, il progresse aussi, ça fait plaisir à voir. »

Une progression pas banale même si au tennis fauteuil, les considérations d’âge ne sont pas les mêmes que chez les valides. La locomotive tricolore Stéphane Houdet l’a prouvé en signant ses plus grands résultats à 40 ans passés. De quoi booster David Sueur qui sent ses « déplacements plus aisés. On sait mieux comment la balle va revenir et donc comment se placer, grâce à des exercices de roulage en fauteuil, des lignes, des courses latérales, en travaillant aussi les rotations, pour bien manœuvrer le fauteuil. Avant, je faisais l’essuie-glace en fond de court… »

Timothée est jeune, il a la niaque. Je le compare un peu à Nadal

David Sueur

Les sensations sont là « depuis septembre dernier » estime celui qui travaille à Amiens Métropole. « Avec des tournois individuels et les championnats par équipes. Les victoires amènent les victoires, donc dans la tête ça va mieux ! Comme j’ai acquis la technique, j’ose plus dans le jeu : des coups croisés, décroisés, longs de lignes etc. Alors qu’avant je cherchais juste à mettre la balle dans le court. C’est beaucoup plus offensif maintenant » sourit-il.

Quand Timothée est reversé dans le tableau 1, le plus relevé de l’Open Cellenza, le N°47 Français lui apparaît dans le tableau 2 : « L’objectif est de maintenir mon classement. Mais c’est dur car je retrouve souvent dans ma catégorie des joueurs 1ère série, qui ont baissé au classement après un arrêt, une blessure » indique David.
Alors qu’à ses yeux, Timothée « fait partie des top joueurs. Son classement ne parle pas encore pour lui, il a recommencé il y a un an seulement mais il a joué 6 tournois et en a gagné 5 ! Là, il va affronter des joueurs plus forts. Mais il est jeune, il a la niaque. Je le compare un peu à Nadal : il a la technique et la puissance et c’est assez rare… »

Quand je joue, c’est pour gagner (…). Alors autant fixer la victoire comme objectif

Timothée Da Costa Santos

La stimulation et surtout la bienveillance entre les deux sont telles que le mieux classé reconnaît qu’il « progresse aussi aux côtés de David et grâce à Marine (Marine Mas, leur coach, spécialiste du tennis fauteuil depuis les grandes heures du TC Rue Le Crotoy avec Stéphane Houdet, ndlr). On s’améliore sur les trois premières frappes : service, retour et 2ème coup de raquette pour essayer d’abréger les échanges, faire mal dès le service pour se créer une balle de rupture, mettre l’autre en difficulté, éviter les rallyes. C’est une tactique valable tout le temps, surtout à très haut niveau avec des joueurs qui se déplacent plus vite. Plus tu joues long et proche des lignes, et j’aime ça avec mon côté tête brûlée (il sourit) et plus tu fais mal à l’adversaire. Il y en a un qui fait ça très bien, c’est Nicolas Vanlerberghe (N°11 français, N°1 de l’Open Cellenza après son 1/4 de finale l’an dernier) : des revers inversés courts croisés… Pfff… Ils font mal et c’est beau à voir ! » Et terriblement efficace, a fortiori sur terre battue où les fauteuils ont vite tendance à s’enfoncer : « Vas-y pour redémarrer ! C’est peine perdue » soupire Timothée.

« L’essentiel, c’est de participer disait Coubertin. Mais non, en fait, lance-t-il ! Quand je joue un match ou que je m’inscris à un tournoi, quelque soit les autres joueurs, c’est pour gagner ! Récemment à Bressuire, contre Gaëtan Menguy (N°5 Français, 21ème mondial et membre de l’équipe de France Paralympique, ndlr), je suis rentré sur le terrain en mode : je vais apprendre… Et je ne me suis pas libéré, même si j’ai pris du plaisir et que j’ai vu qu’il était au dessus. Mais il m’a dit que j’aurais pu l’embêter davantage. Donc si je joue bien, j’ai le potentiel pour gagner à Amiens alors autant fixer la victoire comme objectif et j’adapterai ensuite mon discours en fonction de mon état de forme. Et si je joue mal, je changerai mon jeu pour essayer de gagner malgré tout… »

L’attitude « la fleur au fusil » de son jeune partenaire d’entraînement, David la connaît par cœur : « C’est ce qui fait sa force. Moi, je connais mon niveau par rapport aux joueurs que je vais rencontrer. Une demi-finale serait déjà très bien. Par la suite, si je pouvais améliorer mon classement… Entre N°30 et 40 Français, c’est atteignable. On verra bien… »

Avec Timothée Da Costa Santos et David Sueur dans les tableaux masculins mais aussi avec Bérénice Mathot, 19 ans seulement et vue à son avantage l’an dernier dans un tournoi mixte « balles vertes » réédité cette année dans le cadre de cet Open Cellenza, l’AAC possède de beaux atouts pour briller sur sa terre battue indoor, de ce vendredi à dimanche.

EN APARTÉ
Ton principal trait de caractère - David Sueur : "Courageux" - Timothée Da Costa Santos : "Le je m'en-foutisme et le fait que je ne me soucie pas du qu'en-dira-t'on"
Ce que tu apprécies le plus chez tes amis - DS : "La sincérité" - TDCS : "Leur sincérité"
Ton principal défaut - DS : Il chuchote : "Têtu " - TDCS : "Je donne trop vite ma confiance, au risque d'être parfois déçu"
Ton occupation préférée - DS : "Le tennis, y compris avec ma femme, Nathalie, qui renvoie de mieux en mieux" -  TDCS : "Les jeux vidéo, comme FIFA et Dofus"
Quel serait ton plus grand malheur ? - DS : "Perdre la vue. On a parlé récemment avec Timothée de ce qui arrive à une connaissance commune - TDCS : "La même chose, perdre la vue"
Ton rêve de bonheur - DS : "Re-marcher" - TDCS : "Si les rêves peuvent se réaliser, devenir N°1 mondial. Sinon mieux comprendre le big bang et l'origine de l'Univers".

Vincent Delorme
Crédit photo : Léandre Leber et Kevin Devigne – Gazette Sports
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