SPORT SANTÉ : La commotion cérébrale un danger enfin pris en compte dans la pratique sportive

Longtemps considérées comme totalement bénignes, les commotions cérébrales sont désormais sur le devant de la scène du fait de leurs conséquences. Si le traumatisme cérébral léger fait bien partie des risques de la vie, quelles sont les conséquences quand il peut se répéter ?

Les activités sportives avec contact peuvent laisser place à des chocs traumatisants pour le corps humain. Cependant, même si un choc peut ne pas être dangereux pour la santé, subir des coups à répétition peut créer des commotions cérébrales importantes et engendrer des conséquences sur le long terme. Une commotion cérébrale signifie en latin, « une secousse violente ». Lorsque le cerveau se heurte contre les parois de la boîte crânienne, cela crée un traumatisme cérébral. 

Les risques pour les sportifs

Dans le temps, la commotion cérébrale engendrée à cause de plusieurs coups reçus dans le cadre de la pratique sportive, pourra entraîner des conséquences plus graves que le simple traumatisme crânien. Il est bien connu que les sportifs ne respectent jamais réellement le temps de repos préconisé lors d’une blessure. Pressés et passionnés, ils repartent rapidement s’entraîner. Ils sont donc plus susceptibles d’avoir des conséquences graves qu’une personne lambda. Les symptômes et séquelles de chaque nouvelle commotion sont de plus en plus importants. Et plusieurs commotions d’affilée peuvent causer des handicaps physiques, voire entraîner la mort.

Les victimes de blessures à la tête non liées à une pratique sportive, ont tendance à se conformer à la prescription de repos physique et mental. Elles seront moins susceptibles de se retrouver dans des situations à risque.

Mais que se passe-t-il dans notre corps lors d’une commotion cérébrale ?

Le mouvement rapide de la tête lors d’un impact produit une compression des tissus cérébraux suivie d’un étirement de ces mêmes tissus lors du contrecoup. Des études ont indiqué que la commotion cérébrale entraînait des dégâts conséquents dans le cerveau, ce qui l’empêche de fonctionner normalement dans les jours et semaines suivant l’accident. Les conséquences immédiates d’une commotion sur le tissu du cerveau comprennent les symptômes suivants :

  • Des maux de tête intenses ou qui s’aggravent.
  • Une difficulté à se concentrer et/ou diminution de l’état de conscience
  • Une sensibilité à la lumière ou vision double
  • Des problèmes d’équilibre ou de coordination
  • Des vomissements et nausées

Martin Saleille, coach du RC Amiens, nous en dit plus sur les protocoles au rugby en cas de choc pendant un match : « il y a deux protocoles commotions pour protéger les joueurs. D’abord les entraîneurs sont sensibilisés et les arbitres aussi. Et nous on le fait auprès des joueurs. » Il ajoute qu’ensuite, « lors d’un potentiel choc, on essaie de repérer le plus vite possible le comportement du joueur. Le protocole permet de sortir le joueur et de le remplacer directement. On a la possibilité de changer le joueur alors que pour une simple blessure, on ne peut pas ».

Lors d’une commotion, le protocole à respecter au rugby est strict : « d’abord voir un médecin, puis remplir un questionnaire médical et enfin une reprise par paliers. Et si c’est la première commotion d’un joueur majeur, dix jours d’arrêt. S’il s’agit d’un joueur mineur, 21 jours. Et s’il y a plusieurs commotions, les délais s’allongent et on doit renvoyer les résultats au médecin de la Ligue régionale qui doit accepter d’enlever le carton bleu ».

À l’entraînement, le protocole n’est pas activé « mais on le fait nous-mêmes et on le fait valider soit par notre médecin, soit par le médecin du joueur. À l’entraînement, s’il y a un doute, on sort le joueur ou on appelle les pompiers. Et derrière, on le fait passer en protocole commotion. On prend le moins de risque possible. C’est vraiment une bonne chose que le protocole existe » conclut l’entraîneur des rugbymen du RCA. 

Différents sports touchés par les commotions

En moyenne, le nombre de blessures à la tête rapportée par les intervenants sur le terrain suggère que le taux de commotions tourne autour de 5 à 15 %. Cependant, ce chiffre grimpe à 25 % dans les équipes munies d’un protocole établi de gestion des commotions cérébrales, grâce à une meilleure reconnaissance des symptômes. Il ne faut pas se méprendre : ce n’est pas seulement la pratique de sports de contacts, comme le rugby, la boxe ou encore le football américain, qui permettent les mises en échec et les placages, qui peuvent entraîner des commotions cérébrales. 

Une commotion cérébrale survenant pendant un combat de boxe réduit les performances du boxeur sur le long terme et peut créer des traumatismes irréparables puisque cela crée un dysfonctionnement des cellules du cerveau. Mais ayant eu auparavant des cas de boxeurs qui décédaient de commotions, la sécurité s’est nettement améliorée sur le sujet depuis quelques années. Avant d’entrer sur un ring, le sportif doit passer plusieurs examens pour prouver qu’il est réellement apte à combattre. Il effectue donc des examens médicaux comme une IRM ou un électrocardiogramme. « La France, c’est le pays qui fait le plus attention à ses boxeurs. Lors d’une commotion ou d’une suspicion de commotion, l’arbitre arrête le combat et le boxeur va à l’hôpital » explique Jérôme Fouache entraineur à l’Amiens Boxing Club d’Amiens. « Ensuite, si l’examen réalisé par un spécialiste ne correspond pas aux attentes, alors c’est la fédération de boxe qui lui donne l’adresse d’un autre spécialiste » ajoute t-il. Dans le monde de la boxe, les arbitres font grandement attention, ils n’attendent plus que le combattant soit KO pour arrêter le combat.

Plusieurs études démontrent que les commotions sont aussi fréquentes au football qu’au rugby. Le football peut engendrer des coups à la tête lorsque la réception du ballon se fait avec celle-ci et créer un choc important. La tête propulse le ballon, intercepte sa trajectoire et la redirige. Cela peut même provoquer des têtes contre têtes quand deux joueurs ont l’idée de réceptionner le même ballon. Les accidents avec impact contre la surface du sol ne sont pas rares non plus, dans certains sports de combat tel que le judo, une mauvaise chute sur la tête entraine vite des conséquences néfastes. Tous les sports de contacts et de collisions présentent un risque de commotion cérébrale.

La kinésithérapeute intervenant auprès du club de football des Portugais d’Amiens, Amélie Brassard prend en charge tous les joueurs ayant des blessures, commotions comprises. Lors d’une suspicion de commotion, une personne de l’entourage (médecin, secouriste, arbitre, éducateur, entraineur) évalue le joueur. La sortie du joueur est immédiate et définitive. Plusieurs tests sont effectués pour voir comment fonctionne son cerveau et ses réflexes. Le retour au terrain après une commotion cérébrale doit respecter une stratégie d’évolution et il se doit d’être impérativement progressif. Le joueur peut revenir sur le terrain entre 7 à 21 jours, selon les avis du médecin et selon le choc reçu. « En temps normal c’est le médecin de l’équipe qui suit une commotion d’un joueur. Mais si le kinésithérapeute a la formation commotion, il peut également s’occuper du suivi » explique Amélie Brassard. « Si une commotion cérébrale survient pendant un match ou un entrainement le joueur va directement à l’hôpital ».

Il existe 6 étapes pour faire un retour sur le terrain de football après avoir vécu une commotion cérébrale, nommé le « return to play » :

  1. repos initiale de 48H
  2. Reprise exercices aérobiques légers
  3. Reprise exercices spécifiques au sport
  4. Reprise exercices coordination et progression physique sans contact
  5. Reprise entraînement avec contact
  6. Reprise en compétition

Les commotions cérébrales doivent être prises au sérieux, et surtout pour les sportifs qui vont possiblement de nouveau subir un choc. Elles sont toutes importantes et, surtout, il faut se rappeler qu’il n’y a pas de petite commotion. Cependant, une prise en charge rapide peut réduire de façon significative le risque de commotions cérébrales répétées et de séquelles à long terme. Il est donc important de se protéger au maximum quand on le peut (casque en vélo ou au ski etc).

Julie Michel

Crédit photo : Kevin Devigne et Léandre Leber (archives) Gazettesports.fr

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