PORTRAIT : Cyprien Avet, préparateur physique de l’équipe de France d’ultimate

Cyprien Avet fait partie de ces gens de l’ombre. Ceux qui contribuent activement aux performances de son équipe dans les coulisses, dans l’outre-match. Préparateur physique de l’équipe de France espoir d’ultimate, dans plusieurs catégories depuis quatre ans, et désormais intendant, Cyprien Avet fait partie de l’ossature de ces équipes victorieuses.

S’il fait partie aujourd’hui du staff de l’équipe de France d’ultimate espoir, Cyprien Avet a commencé là où tous les préparateurs physiques font leurs armes : la licence STAPS. Destiné à des études visant à le faire devenir professeur d’EPS ou professeur des écoles, il finira par dériver de ce chemin, se rendant compte de la réalité du métier lors d’un stage dans un collège : « J’ai compris que le modèle scolaire EPS n’allait pas me plaire.«  En effet, le métier de professeur d’EPS est parfois injuste. Entre les exercices qui ne passionnent pas les élèves et le côté obligatoire de la matière ne les motivant pas, il est parfois décevant de voir son travail de préparation obsolète par ces paramètres, à tel point qu’il en est venu à se demander : « Est-ce que j’ai vraiment envie que tout ce que j’ai fait là soit réduit à néant ou que je me retrouve avec un programme où tu as tout préparé pour rien ? » La réponse à cette question va se retrouver dans ce que Cyprien Avet aime le plus faire : « L’aspect que j’aime beaucoup, c’est quand il y a quelqu’un qui vient avec un besoin, je viens avec des solutions. Pas des solutions prêtes à tout, mais des choses que je peux mettre en place, pour qu’ils progressent et qu’ils fassent quelque chose dans le bon sens. »

Après sa licence, Cyprien Avet comprend qu’il préfère travailler selon les besoins des personnes en face de lui.

La lumière au bout du tunnel

Après cette remise en question, Cyprien Avet va s’orienter dans un Master « Optimisation de la performance sportive ». Au terme de ce Master, et puisqu’il ne se sentait « pas légitime ni forcément très compétent de me dire je suis capable de prendre en charge quelqu’un ou un groupe, sur une année complète », il ira faire un DU (diplôme universitaire) Préparation Physique Sport Collectif sur Lille. Cyprien Avet aurait normalement dû s’envoler pour le Canada, puisqu’un de ses amis joue en ultimate en tant que pro sous le maillot des Royals de Montréal, afin de voir comment l’ultimate est pratiqué là-bas. Il faut dire que l’Ultimate Frisbee Association, ou UFA, est la ligue d’ultimate la plus développée au monde, avec des joueurs sous contrat professionnel, alors qu’en France, le sport reste tout de même plus amateur. Sauf que voilà, 2020, et crise sanitaire oblige, Cyprien Avet a dû faire une croix sur ses plans de voyage outre-Atlantique. Au final, il décida de s’adresser directement à la Fédération Française de Flying Disc à la fin de son DU, dans le cadre de son stage : « Ça s’est fait très vite, parce que j’ai reçu un appel une semaine après, en disant : ‘Écoute, on a reçu ton mail, il faudrait qu’on fasse une visio«  C’est ainsi que commençait l’histoire d’amour entre Cyprien Avet et l’équipe de France d’Ultimate.

Des fois, il faut y aller au culot pour atteindre ses ambitions.

L’ultimate, un sport qui coule de source

La passion de cette discipline qu’éprouve Cyprien Avet tient ses racines bien plus tôt, comme la plupart des gens. Parce que oui, et comme le dit si bien le principal intéressé : « L’ultimate, c’est un sport très scolaire, donc, en fait, je pense qu’on a plus ou moins tous fait.«  La raison de ceci prend racine dans la nature et la praticité de ce sport : « C’est quelque chose d’innovant dans le sport collectif. On n’a pas la même mobilité, c’est pas la même façon de concevoir les trajectoires. En plus, c’est un sport sans contact, du coup, pour l’inclusion dans un groupe, c’est mieux. Ce sport met en avant la mixité, donc on n’est plus, entre guillemets, stéréotypés à dire les garçons contre les garçons, les filles contre les filles, vous jouez avec les deux. » Et bien évidemment, c’est sans compter sur le côté purement collectif du sport, où l’individualité n’est tout bonnement pas possible si l’on veut gagner :

« Ce que j’aime beaucoup, dans ce sport, c’est que tu es obligé d’être aidé par les autres pour pouvoir faire quelque chose. »

C’est en arrivant à la fac, et par curiosité, que Cyprien Avet va vraiment commencer à se passionner pour ce sport, notamment grâce à des séances d’ultimate organisées par les étudiants de la fac eux-mêmes : « On a fait une espèce d’initiation au début. Et après, on a fait des matchs. Au fur et à mesure, je me retrouve à dire : « OK, il n’y a pas de cours ce soir. Mais est-ce que ça vous dit, on se retrouve dans un parc et on va lancer ? » Et ça s’est fait comme ça, au fur et à mesure, ça a pris. » À tel point que, lors du championnat universitaire, l’équipe finissait septième, un bon résultat puisque personne n’était encore licencié. Par la suite, Cyprien Avet finira par perpétuer la tradition et à coacher cette même équipe, la boucle est donc bouclée comme le dit si bien l’adage. Fait intéressant, Cyprien Avet est responsable du premier contact de l’ultimate avec des personnes qui sont désormais influentes dans ce sport. C’est notamment le cas d’Emma Delaunay, joueuse de Beauvais et membre de l’équipe de France d’ultimate sur plage, ou encore Rémi Dupont, coach de l’équipe de France chez les féminines. « Pensez aux personnes qui vous ont fait toucher un disque pour la première fois », comme le dit bien le sélectionneur de l’équipe de France en s’adressant à ses joueuses alors qu’il est formé par son ami : Cyprien Avet. Par la suite, le préparateur physique prenait toujours l’ultimate comme sujet d’études scientifiques, ce qui l’a par ailleurs aidé lors de son intégration au staff de l’équipe de France.

Préparateur physique au sein d’une équipe nationale, un énorme challenge

Depuis son arrivée en 2022 au sein de la catégorie espoir et de la cellule performance, Cyprien Avet a bien participé au développement de sa structure, quitte même à chambouler la programmation précédente qui était « totalement obsolète ». Pour se faire, et à l’aide de deux de ses collègues, il va participer à la refonte de celle-ci afin de créer une programmation plus professionnelle et compétitive : « L’ultimate est très ancré, encore maintenant et depuis des années, dans le système EPS. L’EPS, c’est vraiment fait pour l’éducation, pour le scolaire, mais ce n’était pas adapté vraiment à un axe type performance, à un axe compétitif. Ce qui fait qu’on avait des choses très basiques, des exercices très simples, qui n’étaient pas du tout adaptés. Et à aucun moment les effets ne pouvaient se transposer sur le terrain ». Désormais, et cela dépendant des catégories, le système mis en place par Cyprien Avet et son équipe se base sur une forme d’intensité via l’utilisation de couleurs : « On a des U17 et U20. Il fallait qu’on trouve quelque chose de commun pour les deux, adapté à leur niveau. Forcément, les deux membres de terrain et les qualités physiques ne sont pas les mêmes chez les moins de 17 que chez les moins de 20. Et puis, il y a moins de maturité, etc. Du coup, on va adapter. On a créé ça avec un programme qui est commun aux deux catégories avec une intensité qui est respectée pour chaque catégorie avec une intensité par couleur. De telle semaine à telle semaine, vous devez faire ça, tel contenu. Si vous êtes fatigué par rapport à la semaine précédente, on fait autre chose. Vous avez fait cette séance-là, vous vous sentez fatigué, vous faites la séance suivante, mais à un niveau moins élevé. » Un pari sur l’autonomie qui s’est avéré être réussi, puisque même s’il n’y a que six stages dans l’année réunissant toute l’équipe, en dehors des compétitions, les joueurs et joueuses progressent très bien.

Bien évidemment, le rôle de préparateur physique est aussi en lien avec le corps de coaching, et celui du médical, notamment les kinés. Mais comme beaucoup de choses au sein d’un sport collectif, l’importance est la communication, et ce même dans le staff. Une communication non seulement sur les exercices à mettre en place vis-à-vis du coach et des joueurs, mais aussi au niveau de l’intensité : avoir des joueurs épuisés la veille d’une compétition est quelque chose de vite arrivé et il ne faut surtout pas que ça arrive face à des équipes qui jouent au physique plus que d’autres, comme les États-Unis par exemple.

L’ultimate, ce sport fédérateur

Sport très développé oblige, il faut faire face à tous types de défis, comme l’achat de son propre équipement dans certains cas. Cependant, si l’ultimate connait une émergence mondiale, avec des équipes nationales surgissant de partout, comme en Inde ou au Cameroun, il y a aussi un bel esprit d’entraide fédératrice qui y règne. Un sentiment qu’adore Cyprien Avet : « J’aime beaucoup la compétition, l’ambiance, les nations, etc. Parce que c’est vraiment un monde à part. L’Ultimate, c’est vraiment un monde à part. Tu as des espèces de procédés qui se font. C’est très communautaire. » Outre le fait qu’il est fort possible de recroiser un membre du staff d’une compétition à une autre, permettant de lier des amitiés, il existe un processus d’échange de maillot : « En général, c’est la veille au soir avant la finale où tout le monde va essayer d’échanger ses maillots. En fait, il y a des amas de collections de maillots, de clubs, de sélections, d’autres pays, etc. Et nous, entre les staffs aussi, on se fait ça avec les autres staffs nationaux et mondiaux. »

Quoi qu’il en soit, le préparateur physique, désormais intendant, une fonction faisant le lien logistique entre le staff et les parents, a encore de belles années dans cette équipe de France. Après avoir été chez les U17, puis les U20, il s’attaque désormais à la catégorie mixte du même âge, avec une belle ambition, la plus haute récompense dans le sport collectif. En parallèle à cela, il accumule les casquettes, lui qui est aussi entraîneur, préparateur et joueur à Baillet-en-France dans le Val-d’Oise, dans l’équipe nommée F5, qui évolue en Élite et qui est top 5 du championnat.

Noa Lambert
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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