PORTRAIT : Caroline Loir, une championne de « eau niveau »
Ces 2 et 3 mai derniers se déroulaient, à Picquigy, une épreuve de kayak-cross et une manche en slalom national comptant pour la Coupe de France N3. À cette occasion, l’ancienne triple championne d’Europe s’est prêtée au jeu en participant à ces épreuves.
Il n’est pas rare pour les habitués du club de canoë-kayak de Picquigny de voir Caroline Loir évoluer sur ce cours d’eau. Après une carrière bien remplie comme son armoire à trophées, cette ancienne championne d’Europe est désormais licenciée au club de Picquigny depuis presque quatre ans. Pour elle, l’histoire avec le canoë-kayak a commencé très jeune. En effet, de nature plutôt « touche-à-tout », elle a d’abord commencé par essayer plusieurs disciplines, avant de se passionner pour le canoë-kayak. Emprise de nostalgie, et sur un ton léger, elle raconte : « J’ai commencé le kayak, j’avais à peu près 10 ans. J’étais passée par la natation avec notamment une super prof d’EPS, par le judo, mais c’était un petit peu trop, il y avait des cris dans tous les sens, des parents, etc. Et puis en ouvrant le bottin comme ça avec mon frangin, on a regardé, on s’est dit : ‘Tiens, il y a du kayak, ça peut être pas mal, ça se fait dans les hortillonnages, c’est en pleine nature.’ Et j’ai commencé à Rivery, mon club formateur. » Un coup du destin pour celle qui va, par la suite, se passionner pour cette discipline. Elle partage également ses premières anecdotes sur le bassin de Picquigny : « La première fois où j’ai vraiment esquimoté en eau vive, c’était ici. C’était l’hiver et c’était un petit peu en dessous du pont routier. On s’amusait à faire des chandelles. Une fois que j’ai eu cet esquimotage, ça m’a vraiment libérée sur la navigation. »
Entre canoë et kayak, le courant chavire
Même si les deux modules sont complémentaires, il est naturel pour un athlète d’avoir une préférence. Caroline explique comment elle a choisi son camp : « J’ai commencé à Rivery et là, il y avait beaucoup de camarades de club qui naviguaient en canoë. Du coup, c’était une activité que je trouvais encore plus ludique que le kayak : on est plus haut sur l’eau, on est à genoux, on a une pagaie simple et il faut jouer encore différemment avec les éléments. Je me suis mise au canoë en même temps qu’au kayak et ça a été ma spécificité sur les plus de 10 ans que j’ai faits en équipe de France.« Dix ans jalonnés de succès mais qui se sont arrêtés en partie à cause de soucis à l’épaule, forçant cette kayakiste à rester éloignée du sport de haut niveau. « On a vécu de belles années en équipe de France avec toutes ces équipes », revient-elle avec plein de nostalgie. En parallèle de sa carrière d’athlète, Caroline Loir a voulu faire plus pour adapter ce sport aux petits gabarits, souvent grands oubliés des carquois sportifs. « J’avais créé des formes de bateaux, des formes de pagaies adaptées aux petits gabarits avec mon entraîneur. On avait bossé là-dessus, ça avait super bien marché parce que ça n’existait pas vu qu’avant, les filles n’étaient pas dans ces embarcations-là. Les petits gabarits, c’était un petit peu une niche. »

La nature et l’ambiance conviviale de la discipline
Il est difficile de ne pas tomber amoureux de l’ambiance très familiale et conviviale de la discipline. Il suffit de regarder et de sentir l’énergie de cette journée à Picquigny pour le comprendre. Caroline Loir explique en quoi ce climat est propre à la discipline : « C’est très convivial, on fait des petits barbecues entre midi et deux. Ça naît aussi de l’entraide qu’on est obligé d’avoir sur l’eau pour assurer la sécurité, que ce soit la nôtre ou celle des autres. Il faut beaucoup qu’on discute entre nous, il faut qu’on prévienne les autres quand on sort, etc. » C’est aussi une activité qui est à 100% en lien avec la nature : « C’est l’élément premier à prendre en compte. Grâce au kayak, j’ai découvert plein de coins super sympas, c’est une activité qui permet vraiment d’accéder à des zones qui sont inaccessibles autrement. » Cette ambiance et ce lien avec la nature sont aussi l’occasion de rester sur place lors des nuits de déplacement, de ne pas succomber au consumérisme en prenant une chambre d’hôtel par exemple : « On privilégie souvent, quand c’est possible, le camping. On apprend à faire la popote en camping, on apprend à planter sa tente, à s’entraider ensemble. Et on va très peu dans les hôtels, ce ne sont pas nos pratiques. »

Une discipline qui n’arrête pas d’évoluer
Avec quasiment 26 ans de pratique, Caroline Loir a évidemment pu constater l’évolution de ce sport, qui n’arrête pas de se renouveler. La preuve en étant, l’introduction aux derniers JO de Paris de la discipline kayak-cross : « Je pense que ça va encore beaucoup évoluer. Après, il y a aussi le matériel qui a déjà beaucoup évolué. Il y a une dizaine, peut-être une quinzaine d’années, on évoluait dans des bateaux beaucoup plus longs sur des durées de parcours beaucoup plus longues aussi. Les bassins se sont très artificialisés. Surtout maintenant au niveau international, il y a très peu de bassins naturels. » Sauf que voilà, la création de ces bassins artificiels, bien que nécessaire aux sportifs de haut niveau dans une logique de performance prônant la constance et les automatismes musculaires, va à l’encontre de l’aspect nature de la discipline. « Maintenant, tous les bassins artificiels qui existent avec des pompes, on consomme énormément d’électricité, on ne préserve pas forcément le cycle de l’eau. Il y a tout un équilibre à trouver, peut-être aussi dans les matériaux.« La solution pour pallier ces problèmes repose sur les épaules des décisionnaires de ce sport et de la fédération. Quoi qu’il en soit, et peu importe à quel niveau elle évoluera, la flamme de Caroline Loir pour le canoë-kayak ne risque pas de s’éteindre.
Noa Lambert
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr



