FOOTBALL – Brice Morin : « Le poste de gardien est le plus dur et le plus important »
Brice Morin, entraîneur des gardiens de l’Amiens SC depuis 2023, a toujours eu ce poste dans la peau, ou dans les gants. Pour Gazette Sports, le natif de Sens revient sur son parcours mais aussi sur son métier et le poste, avec ses spécificités, qu’il a vu évoluer au fil des années.
Malgré la situation et le contexte délicat qui règnent autour de l’Amiens SC avec la menace d’une descente en National (qui deviendra la Ligue 3 en 2026-2027), Brice Morin a accepté de se confier à Gazette Sports. Entraîneur des gardiens du club picard depuis trois saisons, l’homme de 37 ans a livré pendant près d’une heure, avant de retourner préparer le prochain match et le déplacement à Rodez ce vendredi, sa vision du poste de gardien de but dans le football actuel. Il a aussi évoqué son évolution observée depuis qu’il voue un réel attachement à ce poste, dès l’enfance où, à l’âge de 4 ans, il a usé des pleurs pour prendre place dans les buts lors de son premier entraînement. Depuis, il n’a jamais enlevé les gants.
Sans langue de bois, Brice Morin a d’abord accepté d’évoquer brièvement la situation de l’équipe première, 17e de Ligue 2 avec 24 points. Une place de relégable à quatre journées de la fin du championnat qui fait forcément craindre une descente à l’issue de la saison. Cet exercice 2025-2026 est difficile à vivre pour tout un groupe comme pour le staff dont fait partie le natif de Sens et celui-ci croit vraiment, comme l’ensemble du club, au maintien. « Aujourd’hui, je ne pense même pas aux journées qui se sont passées. Pour moi, il reste quatre ou six matchs où on doit se sauver, insiste-t-il. J’essaie d’être focus par rapport à ce qu’il va se passer et de tout donner pour essayer de sauver le club et rester en Ligue 2. »

Et ce maintien ne pourra s’obtenir que par le travail pour Brice Morin et le fait de s’accrocher à cet objectif. Avant cet entretien, il s’attelait à préparer les séances, qu’elles soient à la vidéo ou sur le terrain, de ses protégés que sont Paul Bernardoni, Alexis Sauvage et le jeune Lou Alexandre qui évolue avec la réserve en National 3. Forcément, dans une période comme celle-ci, il est plus difficile d’associer la notion de plaisir, celle que l’entraîneur des gardiens aime apporter à ses séances. « C’est sûr que les résultats impactent sur l’entraînement, ils impactent notre ressenti personnel. Mais il faut essayer de trouver du positif dans le négatif. Je pense qu’il faut quand même garder une petite part de plaisir. Peut-être que c’est ça qui, à un moment donné, va faire la bascule. On va s’y rattacher et on va regagner des matchs pour essayer de se sauver. »
Franck Raviot comme mentor
Ce fonctionnement, il le doit en partie à Franck Raviot. L’actuel entraîneur des gardiens de buts de l’équipe de France, dans le staff de Didier Deschamps depuis 2010, a encadré Brice Morin lorsque celui-ci a fait une partie de sa formation à l’INF Clairefontaine de 2002 à 2005 (en U14 et U16) avant de rejoindre l’ESTAC Troyes. « J’ai été vraiment marqué par l’accompagnement qu’il a pu avoir avec nous, à la fois dur mais aussi bienveillant. Je pense que c’est aussi un peu lui qui m’a amené dans cette réflexion de l’entraînement et à trouver comment mettre le gardien dans les meilleures conditions », explique-t-il. C’est mon mentor dans la façon de voir les choses sur l’entraînement du gardien de but, l’accompagnement du gardien. Encore aujourd’hui, on s’appelle régulièrement pour discuter de nos vies, pour faire le point et parler des gardiens de but parce que c’est vraiment le sujet qui nous a réuni à la base. »
C’est sûrement aussi l’une des personnes, si ce n’est la personne, qui lui a donné l’envie de très vite s’orienter vers le métier d’entraîneur et donc spécifiquement celui des gardiens. Après avoir débuté à Troyes et enchaîné deux brefs passages à l’ES Thaon-les-Vosges et Orléans, Brice Morin retourne à Thaon où il évoluera pendant six saisons entre la CFA2 et la N3, de 2010 à 2016. L’année suivante, il est en charge des gardiens de but avec le club vosgien. C’est la première fois qu’il occupe ce poste, mais l’idée de l’occuper un jour avait déjà bien fait son chemin. « À la fin du centre de formation, je n’ai pas signé pro, donc je suis reparti dans le milieu amateur. J’ai vite voulu passer mes diplômes parce que j’étais vraiment attiré par ça, c’était ma vocation. J’ai vite switché pour essayer de passer mes diplômes rapidement, je savais quel cursus il fallait faire. » En parallèle de sa jeune vie de joueur, Brice Morin commence à passer ses diplômes à l’âge de 22 ans histoire de préparer son avenir. Il arrête sa carrière de joueur quatre ans plus tard, à 26 ans, et c’est là que débute véritablement son parcours de l’autre côté de la ligne de touche.
Entraîner des gardiens en professionnel, ce ne sont pas les mêmes attentes, ni les mêmes objectifs.
Brice Morin, entraîneur des gardiens de l’Amiens SC
Accompagné par son club de Thaon-les-Vosges pour passer ses diplômes qu’il valide en juin 2017, Brice Morin a la bonne surprise d’être approché directement par le FC Sochaux-Montbéliard. Un premier accomplissement pour lui qui rêvait de rejoindre un club professionnel, même s’il occupe le poste d’entraîneur des gardiens au centre de formation du club franc-comtois. Il collabore avec un certain Omar Daf, alors entraîneur de la réserve, avant de prendre les rênes de l’équipe première en Ligue 2 lors de la saison 2018-2019. En 2023, l’avenir s’assombrit au-dessus du FC Sochaux, qui manque de peu de disparaître et est rétrogradé administrativement en National. « Cet été-là, le club a failli mourir, il y avait beaucoup d’incertitudes, c’était compliqué. L’opportunité d’Amiens s’est présentée. On ne savait pas si le club allait encore exister quand je suis parti, raconte-t-il. Et quand on ne sait pas d’un côté et qu’il y a une opportunité de l’autre, ce n’est pas facile…«
En faisant le choix de rejoindre l’Amiens SC en 2023, Brice Morin passe un nouveau cap dans sa carrière en devenant l’entraîneur des gardiens dans le staff d’une équipe professionnelle, puisque Amiens évolue en Ligue 2. Il retrouve Omar Daf qui restera l’entraîneur du club picard jusqu’au début du mois de mars 2026, remplacé par Alain Pochat. « J’ai rejoint Amiens parce que ça me permettait de passer avec des gardiens pros, de changer un peu mon travail et mon quotidien. Parce qu’être entraîneur des gardiens d’un centre de formation et en professionnel, ce ne sont pas les mêmes attentes, ce ne sont pas les mêmes objectifs. C’est le même métier, mais ce n’est pas la même mission. »

Ainsi, avec l’ASC, Brice Morin a côtoyé des gardiens d’expérience avec Régis Gurtner, aujourd’hui au Racing Club de Lens, et donc Paul Bernardoni ainsi qu’Alexis Sauvage. Il a reconnu avoir noué une relation forte avec le premier avec qui cela « a matché très vite. Le joueur comme l’homme m’a beaucoup marqué« , confie l’ancien portier de Thaon. Tu arrives à Amiens avec un gardien qui comptait près de 500 matchs en pro, qui veut encore apprendre au quotidien, qui pose des questions. Ça m’a marqué. » Forcément, il a dû s’adapter à un nouveau fonctionnement avec son départ vers les Sang et Or et l’arrivée de Bernardoni comme nouveau numéro 1. Chose qu’il n’a pas vécue comme une difficulté, loin de là. « J’ai toujours essayé de ne pas comparer et de ne plus parler de Reg’. Parce qu’à un moment donné, il est parti, c’est le foot. Il était ici, on l’a respecté et je le respecte encore aujourd’hui. On est vite passé sur ce qu’on allait pouvoir mettre en place avec Paul pour qu’il performe rapidement. C’était ça l’objectif principal. »
Le gardien a de grosses responsabilités, il n’a pas le droit à l’erreur
Brice Morin, entraîneur des gardiens de l’Amiens SC
Passionné et animé par le poste de gardien depuis l’enfance, Brice Morin l’a vu évoluer au fil des années. Une certaine exigence s’est renforcée depuis quelques saisons, demandant aux joueurs d’être plus complets, notamment avec un jeu au pied correspondant à certaines philosophies de jeu des entraîneurs à l’heure où la tendance est de repartir de très bas. Ainsi, le gardien participe parfois de manière active au jeu. « Je pense qu’on avance, répond le Sénonais au sujet de la valorisation du poste de gardien auprès des entraîneurs. Aujourd’hui, on leur demande tellement de choses, que ce soit avec les mains ou avec les pieds, que même sans en parler, le fait de leur demander beaucoup plus de choses, c’est déjà développer le poste. Les coachs demandent plus à un gardien qu’avant, il est bien plus intégré qu’avant. Mais il faut aussi doser car donner trop d’importance, c’est aussi amener d’autres responsabilités. Parfois, travailler dans son coin, c’est bien aussi. »

Dans l’émission The Bridge d’Aurélien Tchouameni animée par Sandy Heribert, il a été question de savoir quel était le poste le plus facile dans le football. Kylian Mbappé avait répondu que c’était celui de défenseur central, insistant sur le fait qu’il était l’un des rares postes avec des joueurs de plus de 40 ans. Un argument valable pour celui de gardien de but. Mais Brice Morin n’est pas de cet avis. « Pour moi, le poste le plus difficile, c’est gardien et le poste le plus important, c’est gardien. J’en suis convaincu et c’est quelque chose que je défends parce que c’est tellement spécifique que tout le monde ne peut pas jouer gardien de but, affirme Brice Morin, marqué par Hugo Lloris, Manuel Neuer et Thibaut Courtois, trois portiers de renommée internationale. Il est différent des autres déjà parce que c’est le seul à utiliser ses mains et c’est déjà beaucoup. Il a de grosses responsabilités, n’a pas le droit à l’erreur. C’est le poste le plus important parce que c’est lui qui peut faire en sorte de ne pas perdre un match. Sans dénigrer les autres postes, c’est aussi celui qui peut te permettre de gagner ou de tenir un score.« Brice Morin espère ainsi secrètement que l’un de ses deux gardiens, Paul Bernardoni ou Alexis Sauvage, pourra amener cette force pour permettre à l’Amiens SC de se maintenir en fin de saison.
César Willot
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr



