HISTOIRE : Le jour où j’ai rencontré pour la première fois Jacques Bataille

Dans les années qui ont suivi la guerre, la boxe était un des sports les plus pratiqués à la fois à Amiens et en France. Les galas se multipliaient et le cirque d’Amiens a souvent été le cadre de grandes soirées pugilistiques.

Durant ces années, un boxeur à Amiens s’est particulièrement illustré : Jacques Bataille. En 1949, alors qu’il avait 20 ans, il devenait champion d’Europe amateurs à Oslo mais également et surtout le vainqueur des célèbres Golden Gloves à Chicago. Par la suite, il devint pugiliste professionnel mais il ne put jamais devenir champion de France ayant été battu à Marseille par Ray Grassi aux points sur la distance des 15 reprises. Sa carrière devenait de plus en plus difficile car Jacques Bataille était souvent blessé et ainsi, en août 1958, il était quasiment sur le point d’arrêter sa carrière.

Jeune passionné de sport, ayant déjà la fibre de futur journaliste, j’écrivais déjà dans un hebdo de la Somme, le Travailleur. Je me suis rendu un jour d’août 1958, directement chez Jacques dans le quartier nord d’Amiens. C’est chez lui qu’il m’a reçu avec son épouse et il a fait le point sur sa carrière qui était alors en sommeil, et ce en raison de blessures à répétition. Toujours étudiant au lycée de la Cité scolaire d’Amiens, j’ai écouté mon idole de l’époque et j’ai écrit un article dont le titre était le suivant : Jacques Bataille va remonter sur un ring. Jacques m’avait alors déclaré : « Si les gens savaient ce que j’ai enduré au cours de ma vie, ils me tireraient leur chapeau au lieu de me mépriser. » Il devait m’annoncer son retour à la compétition, voulant prouver à ses supporters qui ne croyaient plus en lui qu’il n’était pas foutu. En 1958, Jacques Bataille était sain à la fois physiquement et mentalement et il devait reprendre le chemin de la salle sous la direction de Louis Bixel, qui était alors un employé au Courrier Picard. 

Né le 20 septembre 1929 à Amiens, Jacques Bataille a disputé pas moins de 140 combats amateurs. En 1950, il devenait professionnel et disputait son premier combat à Hénin-Liétard, le fief de l’illustre champion de l’époque Charles Humez. Dans sa carrière, Jacques Bataille a rencontré les plus grands au cirque d’Amiens, notamment Théo Medina et Ray Famechon. « Contre Famechon, j’ai boxé avec un rein déplacé et j’ai fini sur les rotules, nous avait-il déclaré. Ce que j’ai souffert ce soir, c’est inimaginable. » Jacques devait disputer son dernier combat à Rosendael mais il avait ce soir-là terriblement souffert ; d’où une inactivité qui aura duré deux ans.

Le jour de notre rencontre, Jacques était persuadé qu’il reviendrait. « J’ai 29 ans et je ne suis pas un tocard. Regardez mon visage, est-ce que c’est celui d’un boxeur ? ». Je suis resté trois heures chez Jacques Bataille, qui m’a permis de revoir des articles mais aussi des photos, et tous ces souvenirs ont plus tard disparu lors d’un déménagement. Chez lui, en cette période d’août 1958, étaient accrochées au mur deux paires de gants. Ces mitaines qui lui avaient permis de remporter les Golden Gloves à Chicago et les championnats d’Europe à Oslo dix ans auparavant. J’avais terminé mon article en formulant ce souhait : « Puisse votre seconde carrière être aussi brillante que la première. C’est mon souhait le plus grand parce que vous méritez, Jacques, toute notre considération. » Malheureusement, Jacques ne remontera jamais sur un ring en tant que boxeur mais pour autant, il restera dans le milieu pugilistique en gérant la carrière de jeunes Amiénois, notamment Jean-Claude Lafarge.

Aujourd’hui Jacques Bataille n’est pas oublié et la salle Dewailly porte son nom, tandis que Jérôme Fouache et des amis organisent la semaine prochaine les Ceintures Jacques Bataille. Là-haut, Jacques, qui était devenu un ami, doit être fier qu’Amiens ne l’ait pas oublié.

Lionel Herbet
Crédit photo : Cyprien Baude – Gazettesport.fr

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