PORTRAIT – Sandrine Cauderon-Paulin : « Le tennis fauteuil a raccroché mes deux mondes »
Victime d’un accident à cheval à l’âge de 28 ans, Sandrine Cauderon-Paulin s’est d’abord battue pour pouvoir remarcher avant de renouer avec sa passion première, le tennis. Portrait d’une femme aux mille facettes qui fait aujourd’hui partie des meilleures joueuses de tennis-fauteuil du monde et dont le sport a permis d’obtenir une seconde chance de vivre, à 100 %.
Maman de deux enfants, cheffe d’entreprise et surtout 31e joueuse mondiale de tennis fauteuil, Sandrine Cauderon-Paulin, 46 ans, multiplie aujourd’hui les casquettes. Mais le chemin vers cet équilibre tennis-famille-travail ne fut pas simple à trouver pour celle qui avait la chance d’avoir un terrain de tennis à la maison lorsqu’elle était petite. Naturellement, elle avait suivi son grand frère qui avait choisi la petite balle jaune comme pratique sportive. Et alors qu’elle avait jusque-là une existence des plus classiques, Sandrine Cauderon-Paulin voyait celle-ci basculer à l’âge de 28 ans. Alors en vacances, elle chutait à cheval et retombait mal sur la colonne vertébrale. D’abord paraplégique, elle subissait de nombreuses opérations, lesquelles lui ont finalement permis de devenir « paraplégique incomplète » :« Ça veut dire qu’il y a des choses qui fonctionnent et d’autres moins. Mais j’ai la chance d’être debout, précise celle qui a effectivement besoin d’une béquille pour marcher. Pour elle, cet événement tragique signait la fin de sa carrière tennistique amateure : Comme je ne suis plus marchante, je n’ai pas réfléchi à un sport en fauteuil. Et debout, je n’ai pas la possibilité de faire un sport physique. Donc dans ma tête, il n’y avait plus de sport. »
Une découverte tardive du tennis fauteuil
Ce n’est que 12 ans plus tard, en voyant ses enfants grandir et faire du sport, que Sandrine Cauderon-Paulin se décidait à entamer une pratique handisport : « Naturellement, je vais essayer le tennis. Je me suis assise dans un fauteuil, ça m’a fait bizarre pendant à peu près 3 secondes, mais après, j’avais une raquette dans la main, j’ai frappé une balle : ça a raccroché mon monde d’avant. Parce que je dis toujours que j’ai un monde d’avant et un monde d’après [l’accident]. Le tennis fauteuil a raccroché mes deux mondes. Le fait d’avoir une raquette dans la main, c’était juste… magique », raconte-t-elle, les souvenirs encore bien ancrés. Et pour aller plus loin dans la pratique, l’actuelle 31e joueuse mondiale, rencontrée à l’occasion du tournoi international de l’AAC Tennis Padel, a eu la chance d’avoir le soutien de ses supérieurs hiérarchiques lorsqu’elle travaillait chez Randstad à l’époque : « Un nouveau patron arrive en 2020, pendant le Covid. Et suite à beaucoup d’échanges par mail, il m’a dit : on va essayer de t’envoyer faire les Jeux de 2024. Mais à ce moment-là, je n’avais jamais fait de tournoi international. Et il m’a dit : « Ce n’est pas grave, on va te donner les moyens. » La première année, je suis détachée à mi-temps. J’arrive à être vice-championne de France et à rentrer dans le classement. Je rentre dans le top 6 français et dans le top 100 mondial. Et du coup, ils m’ont détachée à plein temps, de septembre 2022 à septembre 2024. »

Cette générosité a permis à la championne française d’être rémunérée tout en se consacrant à 100 % au tennis fauteuil. Et même si, malgré tout le travail accompli, Sandrine Cauderon-Paulin n’est pas parvenue à participer à l’événement olympique, n’étant « seulement » 6e tricolore alors que seules les 4 premières obtenaient leur ticket, cet objectif des Jeux a aussi été l’opportunité pour son entreprise de devenir partenaire et de lancer une campagne de recrutement massif : « Ça a été un gagnant-gagnant. » Mais au crépuscule de ce rêve qui ne s’est finalement pas réalisé, la Lyonnaise a dû faire face à une dure réalité. Celui-ci, qui lui avait octroyé son aide et ses arrangements, a quitté son poste et les budgets sportifs, dont le sien, ont été coupés. Elle reprenait son travail à temps plein, une situation qui ne lui plaisait plus : « C’est pour ça que j’ai décidé de me mettre à mon compte en 2025. J’ai la chance d’avoir un équilibre familial et un salaire qui rentre. Jusqu’à fin 2026, j’ai France Travail et l’ACRE qui me permettent de lancer mon activité, et j’ai suffisamment de clients pour que cette activité me paye. »
Des rêves encore plein la tête
Cette nouvelle situation professionnelle, mais aussi familiale, permet à celle qui a remporté le tournoi de double féminin de l’AAC de se consacrer à nouveau à 100 % à sa passion de toujours : « Les enfants grandissent, donc on a quand même moins besoin de maman physiquement. Par contre, il n’y a pas un tournoi où je ne fais pas des visios, où je ne fais pas les devoirs à distance, où je ne règle pas des choses de maman, s’amuse-t-elle. Mais ils sont à fond derrière moi, encore plus quand je reviens et que j’ai gagné un tournoi. » Son mari est kiné indépendant et adapte son emploi du temps à celui de sa femme pour réduire ses contraintes. 2026 s’apparente à la suite de cette nouvelle aventure et, avec elle, un objectif : rentrer dans le top 20 mondial ou à minima dans le top 25. L’atteindre lui permettrait certainement de figurer parmi les 4 meilleures joueuses françaises, un statut qui lui octroierait une place en Coupe du monde et, en cas de maintien à ce plus haut niveau jusqu’en 2028, aux JO de Los Angeles : « Dans la vie, il faut rêver. En tout cas, c’est le projet. »

Sandrine Cauderon-Paulin est un exemple de résilience. Valide durant toute sa jeunesse, elle aurait pu se morfondre à la suite de son accident et abandonner le tennis. Mais elle a finalement fait de son handicap, a priori une faiblesse, une force dont elle tire aujourd’hui une grande partie de son épanouissement et de son bonheur. Personne n’est responsable d’une maladie ou d’un accident comme celui qu’elle a subi. Alors, selon elle, il faut se battre et le tennis fauteuil a été une manière pour elle de remporter son combat : « Le sport est vecteur de dépassement de soi et d’espoir. À partir du moment où on essaie de faire quelque chose qui nous dépasse, on va vivre le handicap différemment, comme une normalité et pas comme un poids. On ne doit pas être fier que parce qu’on est numéro un de quelque chose, mais parce qu’on a dépassé une limite qu’on s’impose soi-même ou que les autres nous imposent.« À 46 ans, Sandrine Cauderon-Paulin continue de se lancer des défis pour la repousser un peu plus chaque jour et à chaque coup de raquette.
Simon Vasseur
Interview : Léandre Leber
Crédit photo : Léandre Leber – Gazettesports.fr



