PORTRAIT : Marine Mas, le tennis-fauteuil dans le cœur
Enseignante en tennis valide, en tennis-fauteuil et même organisatrice de tournoi, Marine Mas possède de multiples casquettes au sein de l’AAC Tennis Padel. Portrait d’une femme discrète, qui n’hésite pas à mettre en avant ses joueurs plutôt qu’elle-même, dont la passion pour la discipline handisport a permis de jolies rencontres et offre de belles perspectives d’avenir.
Pour faire avancer des disciplines dont le développement n’est pas aisé, il faut des passionnés. Marine Mas, enseignante de tennis diplômée d’État à l’Amiens AC depuis 2016, en fait partie. Si elle entraîne des joueurs valides, elle s’est spécialisée dans le paratennis ou tennis-fauteuil et entraîne actuellement quatre joueurs, dont Timothée Da Costa Santos qui a progressé de manière fulgurante en 2025. Une passion qu’elle a développée il y a une dizaine d’années dans le club de Rue, là où elle a passé son diplôme d’entraîneur, lequel était très porté sur le tennis fauteuil et qui, au même moment, organisait l’Open de la Baie de Somme valide, avec des très grands noms du tennis français (Tsonga, Gasquet, Simon, Cornet…). Dans la continuité de ce tournoi, une compétition en fauteuil avait été organisée avec les meilleurs joueurs au monde, notamment Stéphane Houdet, figure du tennis-fauteuil tricolore, et Shingo Kunieda, le numéro un mondial de la discipline à l’époque. Marine Mas avait déjà expérimenté ce sport auparavant, avec Timothée, très jeune à ce moment-là, lors d’un stage à Grenoble : « Lui a découvert le tennis fauteuil en tant que joueur et moi je le découvrais en tant qu’entraîneur. On a fait un bout de chemin ensemble puis, puisqu’au niveau de sa maladie, ça allait mieux, il a eu une période où il est revenu au tennis valide », explique-t-elle.
Stéphane Houdet et Timothée da Costa Santos, ses deux grands défis
Et son appétence naissante pour le para-tennis allait devenir plus qu’une activité annexe à l’occasion de ce tournoi international. En effet, avec Stéphane Houdet, parmi les meilleurs joueurs de la planète, une relation professionnelle de confiance s’est rapidement installée : « Ça s’est fait en l’entraînant, en l’échauffant avant ses matchs, en débriefant ses matchs. Il m’a proposé de partir avec lui sur le tournoi d’après, et ainsi de suite. Il m’a dit : « Est-ce que tu serais partante pour passer une saison à mes côtés ? » À ce moment-là, je finissais ma licence de droit, donc je l’ai terminée et je l’ai entraîné pendant cette année où j’ai aussi passé mon diplôme d’État. » La saison suivante, Marine Mas a suivi son joueur aux quatre coins du globe pour le coacher sur les plus grandes compétitions. Dès leur première collaboration, sur le Masters, tournoi regroupant les huit meilleurs joueurs de la saison, la magie avait déjà semblé opérer entre les deux : « Il bat le numéro un mondial qu’il n’avait jamais battu, qui était invincible depuis trois ans auprès de n’importe quel joueur », se rappelle l’entraîneur avec fierté. Ses plus beaux souvenirs de cette aventure à la fois humaine et sportive, la tournée américaine et les Jeux olympiques de Londres. Mais ces deux ans auront été au global une expérience enrichissante pour elle : « Chaque tournoi a son histoire et c’est vrai qu’à chaque fois que je l’ai accompagné, il y a toujours eu un bon moment, un bon feeling. Chaque tournoi nous a fait grandir tous les deux, lui en tant que joueur, moi en tant qu’entraîneur. »

L’histoire prenait fin lorsque la Fédération française de tennis proposait au champion français d’intégrer son centre d’entraînement qui comportait des entraîneurs nationaux, rémunérés par la structure. Plus qu’un choix du cœur, c’était un choix de raison pour Stéphane Houdet qui voyait là une occasion de retourner vivre chez lui, à Paris, tout en ayant la garantie d’un salaire qui ne dépendrait pas que des prize money des tournois. « C’est normal d’accepter », avoue Marine Mas qui confie cependant avoir toujours une bonne relation avec l’actuel numéro 5 mondial. Mieux, il trouve du temps pour pratiquer avec Timothée Da Costa Santos, revenu au tennis-fauteuil depuis, le nouveau poulain de la pensionnaire de l’AAC Tennis Padel. « L’idée, c’est d’essayer de faire ces rencontres régulièrement pour que Timothée ressente ce que c’est que le haut niveau et essaye de l’atteindre le plus vite possible. On a fait une première session avec Stéphane en 2025. L’idée, c’est d’en faire plusieurs en 2026. Stéphane est vraiment ouvert. » Le vétéran sait que ses années au plus haut niveau sont comptées et voit probablement en Da Costa Santos le futur du tennis-fauteuil français. Pour Marine Mas, prendre sous son aile un jeune joueur est l’occasion de transmettre tout le savoir acquis aux côtés d’un grand champion mais aussi de continuer à progresser en tant que coach : « Je continue encore à grandir auprès de Tim’. Je continue à me former. Ce métier-là évolue tout le temps. La technique du tennis-fauteuil s’améliore, les joueurs ont progressé. Il faut s’actualiser tout le temps, prendre une longueur d’avance. »
Je ne l’entraînerais pas si je n’étais pas au niveau de ses ambitions.
Marine Mas à propos de sa relation avec Timothée da Costa Santos
Timothée Da Costa Santos, c’est donc le nouveau challenge de la diplômée d’État qui le suit depuis plusieurs années et qui compte bien l’emmener le plus loin et surtout, le plus haut possible : « Lui, ce qu’il recherche, c’est augmenter son classement international, intégrer le top 10 (il est actuellement 61e, ndlr), voir plus et intégrer l’équipe de France. Je ne l’entraînerais pas si je n’étais pas au niveau de ses ambitions. Il ne faut pas juste suivre, il faut y croire, et là-dessus on est sur la même longueur d’onde. Il en a clairement les capacités, il s’en donne vraiment les moyens. » Si, tennistiquement, le joueur de 25 ans est sur la pente ascendante, ce qui pourrait freiner sa progression à l’heure actuelle, c’est le financement des déplacements pour les tournois : « C’est un peu dur d’aller hors Europe pour l’instant. On organise un tournoi au sein du club aussi pour que Timothée puisse faire un tournoi à la maison, participer à un tournoi international tout près de chez lui. Un joueur de moindre niveau peut faire beaucoup de tournois dans le coin, ou en tout cas en France. Tim, lui, a besoin d’aller plus loin pour aller chercher plus de points et augmenter son classement. » Mais cela incombe des frais qu’il peine à régler du fait d’une relative précarité de la discipline lorsque l’on ne fait pas partie des tout meilleurs. Les gains en tournoi servent à s’envoler vers… un autre tournoi.
Un investissement tout aussi important au niveau amateur
Très tôt, Marine Mas avait été sensibilisée à la cause handisport et notamment au développement du tennis-fauteuil, son conjoint, Emmanuel Mas, étant le responsable du para-tennis au sein de la ligue des Hauts-de-France. Elle a donc rapidement ouvert une section à l’AAC Tennis Padel. Comportant actuellement quatre joueurs, elle en a compté jusqu’à six. Aux entraînements collectifs qu’elle donne, auxquels participe d’ailleurs Timothée, Marine Mas doit s’adapter à divers profils : David Sueur, le deuxième compétiteur, est en fauteuil dans la vie de tous les jours. Les deux autres joueurs sont marchants mais « mal-marchants ». Timothée ne peut pas sauter ou courir mais marche normalement. Ainsi donc, chacun possède des capacités physiques différentes : « Quand ils sont touchés au niveau du bas du corps, peu importe leur degré car ils sont dans un fauteuil. Ce qui va différer, c’est s’ils ont des atteintes aux membres supérieurs et ça part des abdominaux. J’ai un des joueurs qui est touché plus haut que les autres, donc forcément, pour aller chercher les balles un peu plus loin, pour faire ses poussées pour le service, c’est plus dur que pour certains. J’ai un autre joueur qui a la partie gauche plus touchée, donc il pousse bien à droite, mais dès qu’il faut aller pousser à gauche, il y a moins de force et de préhension au niveau de sa main. Il faut jouer avec ces paramètres-là, et faire en sorte que ça les gêne le moins possible. Ils ont forcément certaines limites qu’on ne peut pas contourner. Quand il y a une incapacité, on fait avec et on essaye de les faire progresser quoi qu’il arrive », explique avec expertise l’entraîneur. Son ambition pour l’avenir, outre celle de faire monter Timothée Da Costa Santos vers les sommets, est de continuer à faire parler du tennis-fauteuil, d’initier jeunes et moins jeunes à la pratique, de supprimer les a priori sur ce sport qui, comme toutes les disciplines, peut devenir un moyen de s’émanciper, de s’évader ou tout simplement, une passion.
Simon Vasseur
Crédit photo : Marine Mas – DR



