MIXITÉ – Le tennis et les enfants d’abord

Ex-présidente de la commission Seniors + à la FFT, l’Amiénoise Marie-Colette Guillermet a réalisé ses deux rêves : avoir des enfants et jouer au tennis. À 83 ans, celle qui « aime la gagne » prend toujours plaisir à jouer, à l’AAC.

Elle est née dix jours avant la mort de la première star féminine du tennis, Suzanne Lenglen, partie en juillet 1938, à seulement 39 ans. Quatre-vingt-trois ans plus tard, Marie-Colette Guillermet a toujours bon pied bon oeil, au milieu des nombreux retraités qui jouent régulièrement à l’Amiens AC, essentiellement en double et sur terre battue, ce qui est moins traumatisant pour les articulations.

Quand on la rencontre en cette après-midi hivernale, le sourire malicieux derrière son masque, elle précise que le médecin qui vient d’analyser son test de résistance à l’effort l’a trouvée “atypique”. Son chemin de vie est également peu banal.

À Vesoul, elle a voulu voir le tennis…

“Pré-adolescente, à Vesoul en Haute-Saône où j’habitais, j’avais une amie qui jouait au tennis. Mais le tennis était réservé à une élite (NDLR : nous étions au début des années 1950). Mes parents ne pouvaient pas me payer de cours. Je jouais simplement au basket au collège. Puis je me suis mariée, mais je m’étais fixé un but, une fois que j’aurai eu tous les enfants que je voulais avoir : j’apprendrai à nager, à jouer au tennis et à conduire.”

Et c’est en 1968, à 30 ans, après avoir eu son quatrième et dernier enfant, que Marie-Colette entame sa révolution pour atteindre ses objectifs de jeune fille. “J’ai toujours eu de la volonté. Ainsi qu’une certaine organisation.”

Professeure d’économie familiale et sociale à Amiens, en BTS au lycée Édouard-Gand, c’est là qu’elle apprend le tennis “sur le tas, donc pas parfaitement bien” à la Cité scolaire, puis qu’elle rencontrera quelques années plus tard Claude, prof de sciences physiques : “il a été mon compagnon durant trente-six ans” souligne Marie-Colette en évoquant Claude Delaire, décédé en 2017, à 86 ans. “À son meilleur, il a été classé 30/1 et il était aussi juge-arbitre.”

J’aime surtout gagner !

Marie-Colette Guillermet, 53 ans de tennis

Son activité associative débute au sein de l’ASPEN, l’Association Sportive des Personnels de l’Éducation Nationale à Amiens. Rapidement, elle participe à des tournois. En 1971, elle commence à jouer les championnats par équipes, ainsi qu’en Corpo. Une catégorie dans laquelle, en 1976, elle gagne son premier titre départemental. « Ça m’a plu, surtout de gagner ! J’ai toujours été une compétitrice… J’ai la gagne ! Alors j’ai continué les tournois, par exemple sur les courts à côté de l’étang St Pierre à l’époque…”  

Marie-Colette Guillermet (à droite), après sa victoire aux championnats corporatifs de la Somme, en mai 1976

De la Cité scolaire à la FFT

“En 1980, rien que sur Amiens, nous étions près de 300 adhérents à l’ASPEN, enseignants et autres personnels de l’Éducation Nationale.” Un club qu’elle va présider durant un bail de trente-deux ans, jusqu’en 2008 ! Entretemps, elle entre au comité de direction de la Ligue de Picardie de Tennis, puis au bureau. Et, l’appétit venant en mangeant, elle est nommée à la commission fédérale des 35 et +. À la Fédération, elle est pendant une dizaine d’années secrétaire de séance de cette commission avant d’en être élue présidente en 2004. “Je dois reconnaître que j’ai eu la chance d’être toujours soutenue dans mon parcours par mon compagnon. C’est ainsi que j’ai été responsable de la nomination des équipes de France qui partaient jouer les championnats du monde, dans les différentes catégories d’âges. J’ai ainsi pu aller, par exemple, aux États-Unis. Et surtout, je suis heureuse d’avoir vu progresser considérablement le nombre de femmes qui jouaient et qui gagnaient.”    

Peu à peu, les femmes se font effectivement une place plus grande sur les courts et aussi dans les instances du tennis. “J’ai sympathisé notamment avec Françoise Berquin, qui était prof à St-Pol-sur-Ternoise et qui a adhéré à l’ASPEN à Amiens. Et je l’ai faite entrer à la commission des vétérans de la Ligue et elle a aussi passé les examens de juge-arbitre. »

Ici à gauche, Marie-Colette Guillermet après une victoire en 2002, à l’ASPTT Amiens

Pour revenir au jeu et à Amiens, c’est au début des années 1980 que Marie-Colette Guillermet découvre l’Amiens AC parce qu’elle voulait “jouer sur terre battue. Et aussi parce que c’était plus facile de jouer en journée à l’AAC qu’à la Cité scolaire, où les terrains étaient occupés par les élèves. Et j’avais également des amies ici, comme Michèle De La Simone (NDLR : la maman du chanteur Albin De La Simone) avec qui j’ai joué par équipes.”  

C’est en 1991, l’année où elle prend sa retraite de l’Éducation nationale, que Marie-Colette Guillermet atteint son meilleur classement (15/3). Preuve supplémentaire qu’au tennis, l’âge n’empêche pas de progresser. Après 55 ans, elle est sacrée à plusieurs reprises championne de Picardie dans sa catégorie. Ce qui lui permet de disputer les championnats de France, à Roland-Garros. “Mon meilleur souvenir, c’est tout simplement ma meilleure performance, en 1998, les quarts-de-finale.”

Pour son engagement sportif et ses activités bénévoles, M.-C. Guillermet a reçu la médaille d’or de la Jeunesse et des Sports en 2018, après le bronze et l’argent. Ainsi que les médailles de bronze, d’argent et vermeil de la FFT

La femme n’est pas le maillon faible

Autre satisfaction, en tant que dirigeante cette fois : “j’ai lancé la coupe Michel-Sueur, au milieu des années 1990, une compétition picarde, regroupant jusqu’à 28 équipes, puis une soixantaine quand elle a été étendue aux Hauts-de-France. Quelques femmes y participent, engagées en double. Mais la femme n’est pas le maillon faible. Exemple, au Touquet, Michèle Campion tient toujours sa place, elle doit encore être classée 15/5 et elle gagne pratiquement tous ses matchs, donc en double mixte.” Puis après des années sans jouer pour cause de blessures, à 70 ans, classée 30, Marie-Colette remporte malgré tout un nouveau titre régional.

Et à présent, remise d’interventions chirurgicales à un genou et au pied gauche, elle a repris le tennis, « deux fois par semaine, parfois plus ! Quand j’ai commencé le tennis, je savais que je jouerais longtemps. Je préfère jouer plutôt que regarder, même si je suis spectatrice de tennis, dans les tribunes quand c’est possible ou à la télé. » La passion du tennis et la fidélité en amitié sont telles pour Marie-Colette Guillermet qu’elle a même été vue récemment très tard un soir au bord d’un court de l’AAC pour encourager une paire de ses partenaires de doubles engagée dans un match interminable… Quand on a le virus du tennis !

Vincent Delorme.

Photos DR et Vincent Delorme Gazettesports.fr

Ces champion.ne.s qui l’ont marquée

“En premier lieu, Arthur Ashe (joueur américain vainqueur de l’US Open, de Wimbledon et de l’Open d'Australie, deux fois quart-finaliste à Roland-Garros). Il m’a marqué énormément la première fois où je suis allée à Roland-Garros, au début des années 1970. J’avais été impressionnée par son charisme, sa gentillesse. Il irradiait sur le terrain. Je me souviens d’une balle annoncée bonne pour lui mais manifestement faute. L'échange suivant, il avait joué exprès un coup hors du terrain pour rendre le point à son adversaire. Vitas Gerulaitis aussi (joueur américain 3e mondial en 1978 et finaliste à Paris), pour son charme. Et chez les dames, Chris Evert (victorieuse de 18 tournois du Grand Chelem dont 7 Roland-Garros) pour sa grâce. Personne ne l’égalait pour moi ! Sa grande rivale, Martina Navratilova, était plus sèche. Je l’ai appréciée plus tard, lors d’Interclubs avec le TC Paris. Elle gagnait alors sans forcer et en applaudissant les beaux points de ses adversaires. Et j’ai bien aimé aussi Steffi Graf.” 
V.D.

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