SOUS LE MÊME MAILLOT : Vanessa et Serena Lokuli, une passion aux deux ambitions
Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce septième numéro, interview croisée de Vanessa et Serena Lokuli, athlètes au sein de l’Amiens UC Athlétisme.
Vanessa (20 ans) et Serena (17 ans) Lokuli sont parmi les porte-étendards de l’Amiens UC Athlétisme. Très jeune, l’aînée des deux sœurs, Vanessa, était repérée par un des animateurs de son école, également coach à l’AUC, parce qu’elle « battait tous les garçons à la course ». Sur le conseil de celui-ci, la petite fille de l’époque s’inscrivait donc à l’athlétisme. S’ensuivait une progression fulgurante et les succès qu’on lui connait, et notamment un titre de championne de France de la longueur en salle cette année. L’arrivée de Serena dans la discipline fut totalement différente. D’abord adepte du badminton, elle fut initiée à l’athlétisme par Vanessa lorsqu’elle ressentit une lassitude dans la pratique du sport de raquette, il y a trois ans. Elle a tout de suite accroché et est très vite devenue une athlète à fort potentiel.

Les deux sœurs n’ont pas pu évoluer ensemble dans un premier temps du fait de leur différence d’âge et donc de catégorie. Quand elle est passée cadette, Serena a pu s’entraîner quelques fois avec Vanessa lorsqu’elle s’est essayée à la longueur. Aujourd’hui, elles ne se côtoient plus vraiment sur la piste du stade Urbain Wallet, pas par choix mais plus par contrainte. Vanessa est en sport-études et s’entraîne le soir après sa journée de cours tandis que Serena s’exerce plutôt en matinée. « On ne passe pas toute notre vie ensemble, même si on fait le même sport. Il peut vraiment passer des jours où on ne se voit qu’une heure, où l’on se croise juste », précise l’aînée.
Le plaisir de s’opposer et de s’allier
Finalement, le seul moment où elles se retrouvent sur la piste, c’est lors de compétitions. « Je trouve ça juste trop bien qu’on puisse partager la même passion. Quand on part aux interclubs, on fait des relais ensemble, c’est encore plus cool », se réjouit, tout sourire, Serena. Cette année, les deux ont même eu la chance de se transmettre le témoin pour terminer une course aux interclubs à Grenoble. « J’étais là en troisième position dans le virage et j’ai transmis à Vanessa. C’était la deuxième fois qu’on courait ensemble puisqu’on avait déjà fait le relais l’année dernière à Clermont-Ferrand. Mais là, c’était la première fois que je lui transmettais et ça s’est bien passé. » Il est même parfois arrivé que les sœurs s’opposent, pas plus tard que cet été sur le 100m : « On a été sacrément nuls quand on s’est battues, mais c’était cool », se remémore avec humour Vanessa.
Avoir une sœur super forte, c’est une source d’inspiration.
Serena Lokuli
Mais lorsqu’elles courent ensemble, leur esprit de compétition leur fait oublier leur lien de sang. Celle qui fait partie de la famille est une adversaire comme les autres. Ce sont plus les médias ou les personnes autour d’elles qui aiment les confronter. « Je sais que certains de mes potes m’associent à elle. D’autres la confondent avec moi, ils disent qu’on se ressemble de fou », relate la championne de France Élite de saut en longueur en salle. « On m’associe beaucoup à elle, parce que j’ai commencé avant, j’ai perfé avant. Elle arrive derrière moi et je pense que ce n’est pas une place facile. » Une affirmation que rétorque aussitôt Serena, qui a toujours été hermétique à la pression de devoir faire au moins aussi bien que son aînée : « Honnêtement, j’ai vraiment réussi à bien m’en détacher. Parce qu’au contraire, je trouve qu’avoir ma sœur qui est super forte, c’est une source d’inspiration et d’aide au quotidien. »
Deux chemins sportifs qui pourraient se séparer
Car Serena et Vanessa n’ont pas tout à fait la même vision de leur sport. « De base, je ne suis pas quelqu’un qui voit énormément la compétition, je ne vois pas de rivalité, juste vraiment énormément d’entraide », explique la cadette tandis que sa grande sœur est mentalement calibrée pour la performance. Cela s’explique par une ambition professionnelle différente. Serena n’a pas encore le bac en poche mais vise de grandes études de médecine, pratiquant l’athlétisme « pour s’amuser ». Vanessa, elle, veut faire carrière dans la discipline. « Les études, c’est super important parce qu’il faut toujours avoir un bagage derrière. Mais si je peux faire une grande carrière en athlé, je la ferai. Je veux faire des Jeux européens, je veux aller aux Championnats du monde chez les seniors. C’est vraiment ce que je veux faire pendant les 10 prochaines années. »

La saison prochaine, Serena tentera de conclure son aventure au haut niveau par une sélection aux Championnats d’Europe juniors qui auront lieu en Pologne. « Si tu es en sélection, tu ne vas jamais arrêter l’athlé », lance ironiquement Vanessa lorsque sa sœur évoque cet objectif. « Oui, c’est vrai. Je dis ça, mais plus je performe, plus j’aime ça. Et quand je suis à fond, je ne veux pas arrêter. Honnêtement, je pense que je continuerai quand même. Parce que ce n’est pas en entrant en médecine, même si ça a l’air compliqué, que je vais me mettre des barrières sur ça. Je continuerai l’athlé et à voir ce que ça donnera. Mais je n’abandonnerai pas tout de suite. »
Un caractère différent, des mimiques similaires
De par leurs parcours et ambitions respectifs, Vanessa et Serena ont une mentalité bien distincte. La première se juge caractérielle, ce qui fait une partie de sa force et de sa détermination en compétition, tandis que la seconde se veut plus posée. Mais aux entraînements, les deux sœurs observent des points communs dans leur façon d’être. « Par exemple, on va faire une séance de lactique ensemble. Je me souviens, on avait fini toutes les deux au sol, complètement fatiguées. Les gens avec qui on s’entraînait nous avaient fait la remarque que nous étions dans la même position. De manière générale, on a les mêmes mimiques », s’amuse l’Auciste de 20 ans. Preuve, s’il en fallait une, que malgré leurs différences, elles restent deux sœurs qui s’inspirent, s’imitent et se tirent vers le haut.
C’est à nous de créer notre histoire.
Vanessa Lokuli
Ce centre d’intérêt commun a renforcé leur relation plus que jamais. « Même encore ce matin, on se réveillait et on parlait des championnats du monde », relève Serena (l’interview a été réalisée mi-août, ndlr). « Et même en dehors de ça, ça nous a vraiment énormément rapprochés. Je ne saurais pas trop comment le définir, mais on a vraiment lié un truc qui est plus fort qu’avant. » Leurs parents sont évidemment fiers de ce que sont devenues leurs filles et les soutiennent à fond dans leur pratique, sans faire de différences ou de comparaisons. Un moyen aussi pour les deux championnes amiénoises de s’émanciper de l’image de leur père, illustre joueur de l’Amiens SC dans les années 90 : « C’était une autre époque. Maintenant, c’est à nous de créer notre histoire, d’inscrire notre nom. »
Simon Vasseur
Crédit photo : Léandre Leber – Gazettesports.fr



