PORTRAIT : Méril Loquette, son corps et sa tête comme plus grands adversaires
Dix fois champion de France, double champion d’Europe, Méril Loquette a presque tout accompli dans le para-badminton. Pour relever les derniers défis qu’il s’est lancés, le champion tricolore va devoir, comme il l’a toujours fait, lutter contre les contraintes que lui imposent son handicap et surtout sa tête, qui a pu lui faire défaut dans le passé.
Rien ne le prédestinait à une grande carrière, il est pourtant devenu une légende de son sport. Méril Loquette, 29 ans, est né avec une agénésie qui l’a, à jamais, privé de main droite. Longtemps adepte du judo, le Francilien (il est né à Boulogne-Billancourt, ndlr) découvrait le badminton au collège et, au fil de bonnes rencontres et notamment celle d’un joueur de l’équipe de France valide, a finalement décidé de se consacrer entièrement à la raquette. S’il a joué durant plusieurs années exclusivement chez les valides, il se mettait au para-badminton en 2018. Le début d’une grande histoire avec la discipline. En effet, Méril Loquette collectionne les médailles de tous les métaux, dont dix du plus précieux au niveau national et deux au niveau européen, glanées en 2023. Ce qui lui manque, c’est une médaille aux championnats du monde, aux JO de Los Angeles, voire les deux. Mais pour atteindre cet objectif, il va devoir se battre… face à lui-même.
Un corps à maîtriser, un mental à solidifier
Depuis toujours, Méril Loquette a dû composer avec un corps capricieux. « Je suis né droitier, malgré le fait que mon handicap soit à droite. Il y a eu un petit bug dans la matrice. Normalement, le cerveau fait le lien tout de suite [pour changer la main forte], mais comme moi j’ai quand même des muscles et que je peux bouger mon bras, il n’a pas fait le lien tout de suite », précise-t-il. Ainsi, le fait de devoir tout faire de la main gauche, alors qu’il possède des réflexes de droitier, lui demande énormément d’énergie : « Je suis droitier de la jambe et de la main, donc je dois toujours tout transférer. Ça demande un peu plus d’effort mental parce que j’ai toujours envie de prendre comme ça (en mimant le geste d’un coup avec son bras droit). » Outre cette particularité, l’absence même de la main droite et plus généralement un bras droit moins musclé ont tendance à déséquilibrer le joueur français : « C’est le seul sport de raquette où il n’y a pas de rebonds, donc l’équilibre est hyper important. Et le revers, c’est là où je pêche un peu, c’est là où il y a une vraie différence. »

Si techniquement, il concède quelques défauts, Méril Loquette se considère parmi les meilleurs physiquement, capable de tenir des échanges longs pour faire plier ses adversaires. « C’est plus le mental qu’il faut que je travaille », avoue-t-il. Car si son caractère de champion ne fait aucun doute au vu de son palmarès, lorsque la pression est grande et l’échéance importante, la confiance s’effrite, comme lors des Jeux de Paris 2024 lors desquels il est complètement passé à côté : « Quand tu vois ta famille, tu n’as pas envie de les décevoir, tu as un stress, tu représentes la France, le drapeau. C’est plus qu’un match. C’est la première et dernière fois qu’on fait les Jeux chez nous. Mais j’ai un black-out. La préparation pour y aller, c’était incroyable. La compétition en elle-même, ce n’était pas trop un rêve. »

L’enjeu, tétanise finalement plus Méril Loquette que son seul handicap, tout comme le statut de favori qu’il peine à assumer dans les grands rendez-vous :« Je suis un peu stressé pour rien. C’est tellement plus simple d’être dans l’ombre. Je suis très fluctuant. Je peux battre un bon gars et perdre contre un moins bon. Aucun de mes matchs ne se ressemble. » Ces Jeux manqués ont été si difficiles à digérer que le joueur français a songé à ranger la raquette : « La prépa’ mentale, c’est long. Il faut au moins deux ans et je ne l’ai pas fait tout de suite après les Jeux. Parce qu’après les Jeux, je voulais arrêter le bad’. J’étais trop déçu. J’ai fait une pause de six mois. Je voulais savoir si ça allait me manquer. Et ça m’a manqué de fou. » Et cette pause, suivie de ce retour, ont été bénéfiques puisqu’il a ensuite réalisé l’une de ses meilleures saisons, passant de la 8ᵉ à la 2ᵉ place mondiale.
Méril Loquette a participé au tournoi des Hortillons
Il était l’une des attractions du tournoi des Hortillons, organisé à Amiens par l’AUC Badminton, ce week-end. Un petit événement aussi bien pour le tournoi que pour le joueur lui-même : « C’est mon premier tournoi valide depuis un an et demi« , relevait-il après sa première rencontre de poule. « Je n’en fais presque jamais. Je n’en fais jamais parce que je suis tout le temps déjà en train de faire des tournois à l’international. Par rapport à d’autres sports para, on a la chance d’être gérés par notre fédération. On a entre 10 et 15 tournois par an, donc c’est énorme si on les fait tous. » Cette compétition était davantage une excuse pour voir sa famille et nombre de ses amis habitant la Somme. « Ça fait très longtemps que je n’étais pas venu à Amiens, au moins 6-7 ans », précise-t-il. Face à lui, au gymnase du Coliseum, de redoutables adversaires, valides précisons-le, qui ont eu raison de sa qualification pour les phases finales : « Je sens, comme ils me connaissent, qu’ils sont directs à fond. Ils savent que je fais de l’international, que je suis en équipe de France. Je sens tout de suite qu’ils ont envie d’en découdre. À faire des tournois valides, moi j’ai tout à perdre, eux ils ont tout à gagner. » Mais qu’importent ces défaites, Méril Loquette n’a qu’une idée en tête, continuer à progresser, dans tous les aspects du jeu, pour atteindre les sommets, au moins une dernière fois.
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr



