SOUS LE MÊME MAILLOT : Les frères Demaret, quand le mot famille prend tout son sens
Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce deuxième numéro, interview croisée des frères Demaret, joueurs des Green Falcons de Pont-de-Metz.
C’est dans un vestiaire de la Roller Arena, le bruit de palets tapant sur la bande en fond sonore, que nous avons rencontré Valentin et Émilien Demaret, joueurs des Green Falcons de Pont-de-Metz. Si le premier a aussi pratiqué le football et le second le judo, le roller hockey a toujours été la trajectoire innée des deux frères, bercés par ce sport depuis leur tendre enfance. Une discipline méconnue du grand public mais qui a toujours été une religion au sein de la famille. Leur grand-père a fondé le club des Green Falcons, il y a 30 ans, et leur père, Antoine, actuel entraîneur de l’équipe première et coprésident, a repris le flambeau.

Il était donc tout naturel pour Valentin de chausser les patins avant que son petit frère, quelques années plus tard, prenne le train en marche. La première fois que les Demaret jouaient ensemble, c’était en poussins, même si les occasions étaient rares durant leur jeunesse, du fait de leurs trois ans d’écart et donc de la catégorie différente. « Mon premier souvenir [avec Émilien], c’était une demi-finale à Angers, on avait joué toute la saison ensemble », se rappelle Valentin qui pouvait patiner avec son frère uniquement si celui-ci était surclassé. Dans leurs jeunes années, Valentin et Émilien ont été biberonnés par le hockey de Jérémy Defossez puis celui de leur père, qui les entraîne encore aujourd’hui.
Faire une année pleine en Élite avec Val’, c’est l’objectif ultime.
Émilien Demaret, joueur des Green Falcons
Mais ne leur parlez pas de favoritisme. Une sélection dans la meilleure équipe possible se gagnait comme pour n’importe quel autre joueur : « Il n’y avait pas de privilèges parce que c’était notre père le coach. Il n’y a pas eu de préférence, assure Émilien. Tout le monde, tous les gens de l’extérieur peuvent le dire. Valentin pouvait être appelé sans que moi je le sois. Et je ne le prenais pas mal, c’était normal vis-à-vis du niveau et des entraînements. » Car, après avoir fait leurs gammes ensemble en N4 puis en N3, Valentin et Émilien se sont séparés un temps, le premier ayant « évolué plus vite » selon le second, lequel restait en N3 tandis que son cadet filait en équipe première.

Mais finalement, le plus petit en âge mais le plus grand par la taille a aussi fini par rejoindre son frère et son père, entraîneur, pour faire partie du projet N1, transformé en projet Élite en 2025. « On a vécu, avec notre père, toute la saison fantastique de l’année dernière. C’était inimaginable. Notre objectif, c’était de faire les premiers play-offs de notre vie en N1″, rappelle Valentin. Et là, aller jusqu’au bout, c’était quelque chose d’exceptionnel. » Après trois saisons pleines aux côtés de l’autre, les deux frères s’entraînent encore à deux mais ne compétitent pas ensemble, Émilien souffrant de l’épaule et devant soit s’abstenir, soit aller jouer avec l’équipe B en Nationale 3 : « Prendre une saison Élite en cours de jeu, c’est compliqué. Et il y a toujours la petite douleur. Faire une année pleine en Élite avec Val’, c’est l’objectif ultime« , avoue-t-il.
Un jeu et une mentalité bien distinctes
Et son retour pourrait bien apporter un plus aux Green Falcons puisque les deux frères sont différents sur bien des aspects, ce qui les rend complémentaires : « Je sais de quoi je suis capable et lui aussi. Il a la vitesse, l’explosivité. Il ne lâche rien. Il est toujours dans le jeu, toujours à aller gratter les derniers palets. Je suis mieux placé, j’ai plus de qualité de passe, peut-être », définit Émilien sur le plan technique. Dans l’attitude aussi, c’est un peu le Ying et le Yang : « Un tempérament assez excité » pour le plus vieux, un comportement « un peu plus détente » pour le plus jeune. Lequel considère son grand frère comme meilleur que lui, aussi parce qu’il a davantage l’esprit de compétition : « Lui, il a toujours eu le petit truc en plus. Perdre un match, ça ne va pas rentrer dans ma tête », confie Émilien.

Cette différence de mentalité, « pour moi, c’est un avantage. Pour lui, je pense que c’est un inconvénient. J’ai la parole très forte », s’excuse presque Valentin, qui concède ne pas toujours avoir été tendre avec son petit frère. « La parole d’un grand frère, c’est toujours autre chose, relève Émilien. S’il a quelque chose à me dire, il va le dire autrement qu’à un autre membre de l’équipe. C’est vrai que des fois, il a des paroles assez dures. Mais bon, ça forge le caractère et puis ça forge le jeu aussi. » De nature calme, le cadet préfère en général ne pas rentrer dans le jeu de son aîné lorsque celui-ci est en proie à l’agacement, ne dit rien sur le moment pour ne pas aggraver les choses : « Après, je vois qu’il n’avait pas forcément tort sur certains trucs. Mais sur d’autres, je lui disais après le match qu’il avait tort. »
On ne serait pas aussi proches si on n’avait pas fait le même sport.
Valentin Demaret, joueur des Green Falcons
Même en dehors des rencontres, les Demaret n’ont pas la même vision des choses et la même façon d’évacuer les émotions du week-end : « Pour moi, c’est plus long à digérer », commence Valentin, phrase sur laquelle rebondit Émilien avec humour : « Il va me reparler le mercredi d’après. Il va me dire : « À telle minute, on a mal joué, ici, on s’est mal placé… ». Il a pu arriver que des petites tensions apparaissent en lendemain de match « parce que mon père et lui aiment bien regarder le replay, discuter de ce qu’ils voient, raconte le plus jeune des deux. Et des fois, ils ne sont pas d’accord. Moi, je suis plus là à dire, laissez passer le truc. Eux, non, faut qu’ils en discutent direct. »

Mais jamais ce caractère différent, ni ces quelques débats qui n’altéraient pas l’ambiance familiale plus d’une journée n’ont dégradé la relation des deux Demaret. Car au-delà de ces discussions, le temps passé ensemble depuis l’enfance n’est comparable à aucune autre fratrie : « Le roller, même avec notre père, a fait qu’on est super proches. On ne serait pas aussi proches si on n’avait pas fait le même sport, estime Valentin. On a toujours tout vécu, tous les week-ends, tous les moments. Chaque finale, chaque demi-finale, chaque déplacement. » Un sentiment partagé par Émilien qui, même lorsqu’il ne pouvait pas être sur le terrain car trop jeune, faisait les voyages tous les week-ends avec son frère : « Sur une année, on passait 6-7 mois ensemble. Forcément, ça crée un autre lien que ce qu’on aurait eu si on n’avait pas fait le même sport. »
Deux frères d’une grande famille
Si Valentin eut, dans le passé, des opportunités d’aller voir ailleurs comme à Reims ou à Bourges, il n’a jamais senti le besoin de quitter son club de toujours. D’abord parce qu’il savait que ce n’était pas en allant là-bas qu’il ferait carrière, ensuite parce qu’il est attaché à la structure familiale, à ses membres et à ses équipes qu’il a toujours voulu faire progresser. Si l’équipe première est montée en Élite, il en est l’un des grands artisans, étant le meilleur pointeur messipontin lors de la phase régulière la saison passée. Les deux frères ont désormais un nouveau rôle, plus celui des jeunes joueurs que l’on fait progresser, mais davantage celui de formateurs dans l’effectif le plus jeune de première division, lequel compte de nombreux joueurs à peine majeurs ou qui ne le sont pas encore.
Depuis quelques saisons même, les frères Demaret entraînent l’équipe U20 et chacun possède un rôle bien précis, en adéquation avec la personnalité de chacun comme l’explique Émilien : « Valentin va apporter tout ce qui est esprit de compétition, l’envie. Je vais être plus là pour calmer. Parce que c’est vrai que des fois, il y a des tempéraments à tenir. » En résumé, « il gère l’équipe, je gère les attitudes. » Les défis sont encore nombreux pour la fratrie la plus célèbre des Green Falcons : faire briller l’équipe Élite, construire celle de demain et surtout continuer de faire résonner le nom Demaret à la Roller Arena. Mais l’histoire de famille n’est pas que celle de Valentin et d’Émilien mais bien celle de tout un club : « Il n’y a pas que les frères Demaret. Tout le monde est frère. Pont-de-Metz, c’est une grande famille. Ça fait 30 ans que c’est une famille. »
Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr



