Sous le même maillot : Les frères Dubus, un handball aux deux visages

Tous les mois de cette année 2026, retrouvez le portrait de deux membres d’une famille pratiquant ensemble un même sport au sein d’un club de la métropole amiénoise. Pour ce premier numéro, interview croisée des frères Dubus, tous deux pensionnaires du Handball Club de Saloüel.

Le rendez-vous était fixé à 20h. Si Julien Dubus, 38 ans, arrivait deux minutes avant l’horaire indiqué, Benjamin, son cadet de trois ans, nous faisait patienter quelques instants supplémentaires. « Je suis toujours à l’heure, contrairement à lui », lançait Julien avant le début de l’interview. Une phrase en apparence anodine mais qui révélait déjà deux personnalités bien différentes, une chose qui allait se confirmer tout au long de l’entretien. Longtemps, leur différence d’âge les a empêchés de se retrouver dans la même catégorie et donc de jouer dans la même équipe. Il a fallu attendre 2014 pour que les deux frères commencent à être alignés ensemble, sous les couleurs du HBC Salouël. En quatre saisons communes, ils ont eu le temps de glaner une coupe de Picardie et de réaliser un joli parcours en coupe de France, « des bons souvenirs », se remémore Benjamin. Julien avait ensuite poursuivi sa carrière à l’Amiens Picardie Handball (devenu ensuite l’Amiens Handball Club) avant de revenir cet été pour retrouver son frère, qui n’a, lui, pas fait d’infidélité à la halle des sports depuis 2011.

Un style de jeu opposé…

Mais sans les voir, sans les connaître, à seulement les écouter, on pourrait croire que Julien et Benjamin n’ont aucun lien de parenté. Tout les oppose, d’abord sur le terrain : « On ne joue pas du tout de la même façon. Moi, je réfléchis un peu plus », commence l’aîné. « On a joué avec les cartes qui nous ont été données quand on était ados. Lui, il est resté frêle pendant pas mal d’années, donc il a développé son cerveau. Moi, j’ai été tout de suite très costaud par rapport aux autres de mon âge, donc forcément, je n’avais pas besoin de réfléchir, j’allais tout droit et ça passait », poursuit son petit frère qui l’est autant par l’âge que par la taille (1 m 83 contre 1 m 85). Calme, posé, voire discret, à l’image de cet entretien où il laisse volontiers la parole à son cadet, Julien pratique un handball calculateur, tout le contraire de Benjamin : « Il est trop imprévisible. C’est difficile de lire son jeu, c’est un peu du freestyle. Moi, je suis plus sur la prise d’informations. Pour jouer avec lui, il faut réussir à s’adapter. »

Julien Dubus, attentif aux explications de son petit frère.

L’alchimie que l’on pourrait imaginer entre deux frères n’est donc peut-être qu’une idée reçue, du moins pour les frères Dubus. « On n’a pas d’automatismes particuliers, mais on arrive à se trouver correctement, estime Benjamin. Il a plus d’automatismes avec Paul Prunié, son meilleur pote. C’est le troisième [enfant], mais lui, il est adopté (rire). » Sur certaines situations, notamment en contre-attaque, le fait de connaître les capacités physiques de l’autre s’avère utile selon Benjamin : « Je sais que si je balance une balle à un endroit, si je le vois partir, je sais qu’il va être dessous quand elle retombera. Ou quand j’ai besoin d’aller gagner un deux minutes (pénalité infligée à un adversaire, ndlr), je vais l’envoyer parce qu’il va le gagner. Mais ça ne veut pas dire qu’on a un avantage parce qu’on est frères. »

…et une mentalité contraire

Quant au profil psychologique, là aussi, difficile de trouver des points communs entre les deux hommes. Qualifié de « bosseur » par son petit frère, Julien est aussi de ceux qu’il ne faut pas trop titiller en match au risque de recevoir en retour : « Il sait que quand j’ai pris un coup, en général, je vais aller le remettre », avoue-t-il. « Au regard, à l’attitude, on voit tout de suite que le gars en face, il va prendre cher ou pas », rebondit Benjamin avec humour. Travailleur et n’hésitant pas à répondre aux provocations, Julien est l’exact contraire de son cadet, un « je-m’en-foutiste » qui, dans le passé, préférait se mettre au sol en cas de trop gros contact : « Il était souvent par terre quand même. Il y a eu des fois où je ne l’ai même pas regardé. Je suis passé au-dessus de lui car je savais qu’il allait se relever, sourit Julien. Et alors que le plus âgé des deux est un compétiteur né, l’autre n’a jamais fait du handball une passion exacerbée : « Il se met une pression pour se dépasser. Moi, je m’en fous. Je joue et si je gagne le match, c’est bien. Si je le perds, c’est chiant, mais quand je sors du terrain, je ne sais même pas quel est le score », s’amuse Benjamin.

Le regard admiratif de Benjamin Dubus envers son grand frère.

Mais malgré toutes ces différences, les frères Dubus se sont toujours très bien entendus, en dehors mais aussi sur le terrain : « Il a toujours été très à l’écoute et donneur de conseils. Quand on joue ensemble, forcément, je me fais un peu plus engueuler, mais je sais que ce n’est pas une dureté qui est malveillante. C’est toujours dans la volonté de me pousser », assure Benjamin avant que Julien ne confirme : « J’aime bien jouer avec lui. Si je gueule plus sur lui que sur les autres, c’est parce que je suis exigeant. Je sais qu’il peut mieux faire. L’exigence que je lui demande, c’est celle que je me suis toujours mise et qu’il ne s’est jamais mise. » L’aîné des deux frères sait aussi jusqu’à quel point il peut « lui rentrer dedans » avant qu’il ne « pète un câble ». Connaître les limites de l’autre pour en tirer le maximum, c’est une forme de complicité, moins visible que la capacité à se trouver les yeux fermés, que les Dubus ont su développer à travers les années et que peu de joueurs n’étant pas reliés par le sang peuvent se targuer d’avoir.

Pas les mêmes jusqu’à leur tenue ou même leur coupe de cheveux, Benjamin n’en ayant plus, les Dubus sont différents jusqu’au bout et sont une preuve de plus que les opposés s’attirent, ou du moins, dans le cas de fratries, qu’ils peuvent très bien s’apprécier : « On est différents, donc on ne s’est jamais marché dessus et c’est pour ça qu’on s’entend bien, je pense. Notre mère nous disait souvent que, si on regroupait nos qualités, on aurait été vraiment d’excellents joueurs », a conclu, naturellement, le plus bavard des deux. Julien et Benjamin, ce sont deux caractères, deux personnalités diamétralement opposées qui se complètent pourtant parfaitement tant en interview que sur le terrain. Car, finalement, la seule chose qui suffit à ce lien fraternel pour exister et perdurer dans le temps, c’est un gymnase, un ballon et des filets à faire trembler.

Simon Vasseur
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr

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