FOCUS CLUB : Amiens Family’Sports, entre transmission familiale et volonté de partage
Fondée par Hazania Gorin, Amiens Family’Sports accueille de nombreuses danseuses âgées de 3 à 70 ans. Sous l’impulsion de sa mère, Rose Lemanissier, elle a créé cette association pour rassembler autour de la danse… et bien plus encore.
« On ne compte pas nos heures. L’association, c’est familial. Si ça s’appelle Amiens Family’Sports, ce n’est pas pour rien. Je me sens intégrée, comme si je faisais partie de leur famille », s’enthousiasme Inès, la secrétaire de l’association. En 1999, l’ancêtre de l’association, appelé FitnessSport, voit le jour. Rose Lemanisser, passionnée de danse, rassemble 150 adhérentes à qui elle enseigne le fitness et la danse. Environ vingt ans plus tard, en 2018, Hazania Gorin, sa fille, revenue de ses diverses formations artistiques, donne naissance à une nouvelle association, Amiens Family’Sport, dans la continuité de la dynamique dans laquelle elle a baigné enfant. Partagée entre l’amour du handball et la passion de la danse, l’Amiénoise lui donne un nom propice à une multitude d’activités sportives. Même si l’activité principale de l’association reste la danse, différents sports sont également proposés lors des stages organisés pendant les vacances scolaires, tant pour les adhérentes que pour les personnes extérieures.
Une professeure de danse de haute volée
« Hazania ! Hazania ! », entend-on de part et d’autre lors d’une des dernières répétitions générales avant le gala. La professeur, âgée d’à peine 26 ans en cette fin d’année scolaire, fait figure de proue pour les petites danseuses qui voient en elle une référente, mais aussi une modèle. Ce regard admiratif et timide, lorsqu’elles lui expliquent avoir oublié leur costume, ne vient pas de nulle-part : en s’adressant à la meneuse, celle qui tient les rênes, elles ont affaire à une danseuse accomplie, avec déjà un parcours remarquable derrière elle.
Après une première année de comédie musicale à l’école Choreia et deux années de danse au Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris, Hazania, diplôme en poche, monte sur scène et danse pour différentes compagnies, notamment avec Sabrina Lonis, sans toutefois pouvoir assumer pleinement le train de vie parisien. Elle persévère en tournant quelques clips et en participant à des shootings, mais décide finalement de retourner là où tout a commencé. De retour à Amiens après quatre années riches en expériences artistiques, elle relance l’association créée par sa mère, en changeant son nom pour l’ouvrir à toutes les disciplines sportives.

« Je voulais rester dans le milieu de la danse, sans pour autant être professeure. Mais finalement, ça a vraiment bien marché », confie-t-elle sur l’essence d’Amiens Family’Sports. Les élèves d’Hazania ont la chance de s’entraîner sous la tutelle d’une future diplômée d’État en danse jazz, mais en ont-elles pleinement conscience ? Hazania est une femme très humble, sans chichi, qui n’expose pas facilement son parcours de jeune danseuse.
Pour autant, elle revient sur sa jeunesse, où elle a été très tôt immergée dans sa discipline de prédilection, mais aussi dans le handball, deux passions transmises par sa mère, Rose, actuellement responsable des activités de l’Amiens Handball Club. « Toute petite, c’est à ses cours de danse que j’ai appris », retrace Hazania, qui excellait dans les deux sports, au point de devoir choisir entre le pôle handball et les études de danse, avant d’intégrer le lycée parisien Georges Brassens en horaires aménagés. Aujourd’hui, elle continue de danser, à Amiens, pour le spectacle de fin d’année afin de préparer les danseuses pour le final, mais aussi à Paris, si l’on fait appel à elle pour monter sur scène.
Un nombre d’adhérentes en forte hausse
Depuis la création de l’association, sans tenir compte de l’année du Covid, le nombre d’adhérents a considérablement augmenté : il est passé de 32 à 140 lors de la dernière saison. À l’issue des portes ouvertes de fin d’année, où les cours de danse, zumba et step étaient accessibles librement, les gérantes ont décidé d’ouvrir un nouveau créneau pour les adolescents afin de répondre à la demande croissante. Pour éviter de saturer les groupes déjà bien remplis, les plus âgés intégreront les cours adultes. « Cette année, c’est la première où nous étions complets au niveau des enfants », précise Hazania au sujet du nombre d’adhérents.
En septembre 2023, la section performance voyait le jour et rencontrait un franc succès. Trois groupes selon les tranche d’âge étaient ajoutés au calendrier déjà bien fourni d’Hazania. Grâce au niveau impressionnant du « groupe ado » et à la prestation réalisée aux Rencontres Chorégraphies, les huit danseuses se voyaient propulser en régional. Une distinction amplement méritée au vu du travail fourni, de la synchronisation et du très bon niveau de certaines d’entre elles.
Quant aux autres groupes présents, le groupe adulte, celui enfant, et un duo, ils étaient aussi bien représentés à ce concours de danse, où chaque prestation estévaluée sur des critères chorégraphiques, d’interprétation et de mise en scène, en 3 ou 5 minutes, dans l’Eure. « On est obligés de se déplacer en Normandie ou ailleurs, car il n’existe pas de comité de danse en Picardie, donc c’est toujours une sacrée organisation », explique la professeure.
Une pratique sportive et carrée
Amiens Family’Sports, c’est aujourd’hui principalement des cours de danse : street-jazz ou moderne-jazz, en alternance selon les chorégraphies. « Pour moi, le modern jazz, c’est un peu plus technique (des pirouettes, du classique) sur des musiques lentes et touchantes, et le street-jazz, c’est plus proche du hip-hop, sur de la musique commerciale », décrit Hazania. D’autres professeures s’occupent du step ou de la zumba, disciplines davantage destinées aux adultes. Selon les jours, les cours se déroulent à l’école Châteaudun, au Centre Culturel de l’Étoile du Sud ou au gymnase Jean Rénaux.
Au total, le spectacle de fin d’année met en scène une trentaine de chorégraphies : chaque groupe en a minimum quatre, en comptant celles de son cours et le final, auxquelles s’ajoutent les chorégraphies de stage pendant les vacances. Hazania sélectionne les meilleures chorégraphies des stages pour le spectacle. Ainsi, certaines peuvent en faire jusqu’à 10 ou 15. « On les voit beaucoup. Les parents ne viendront pas juste pour voir leur fille danser une seule fois, souligne Hazania. À chaque fois, j’essaie d’augmenter le niveau, mais parfois, je me dis que celui-ci était trop bien et que j’aurai du mal à faire mieux l’année prochaine. »

Les stages sont organisés à chaque vacances scolaires, du lundi au vendredi, de 9 h à 18 h, à l’exception de Noël. Ces stages combinent danse, multisports et activités manuelles, et sont ouverts à tous. « Ce que je préfère, ce sont les stages, car on est une association de danse, mais aussi de multisports. La danse a bien pris, mais on aimerait aussi proposer du handball, du foot… Cela permet aux filles qui ne prennent qu’un cours par semaine de progresser, de voir autre chose que la danse et de fidéliser un peu tout le monde, que toutes apprennent à se connaître« , raconte Inès, secrétaire de l’asso depuis trois ans bénévolement, « dans la joie et la bonne humeur ».
L’association compte dix groupes, dont les trois groupes performance par tranche d’âge. Les cours ont lieu tous les soirs, du mardi au vendredi, et le samedi matin pour les groupes performance. Le mercredi après-midi, les trois groupes d’âge s’enchaînent. Hazania intervient également dans les écoles, à Longpré, dans une maison de retraite pour « faire danser les papis et mamies avec les danseuses adultes », ainsi que dans les centres de loisirs de la région.
Un show millimétré à la perfection, pour un résultat saisissant
Cette année, les spectateurs avaient droit à deux spectacles pour le prix d’un. Une nouveauté destinée à permettre à un plus grand nombre de profiter du show, qui se déroulait le samedi soir et le dimanche après-midi à La Providence. « Le fait d’avoir travaillé un an pour deux représentations valait encore plus le coup », confie Hazania.
Que d’émotions à l’issue de la seconde représentation, marquant la fin d’une année, encore une fois riche en progrès et en souvenirs ! « On s’est amusé, on a pleuré », racontait-elle dans les coulisses, après avoir fêté ses 26 ans sur scène la veille. « Je suis contente que les spectateurs soient replongés dans les années 80, ils ont adoré le thème », ajoutait-elle. En effet, le public était essentiellement composé de parents et proches des danseuses, qui ont pu se remémorer leurs années d’euphorie. Environ 800 spectateurs ont été comptabilisés sur les deux jours, certains étant revenus pour profiter deux fois de cette immersion dans l’époque d’Indochine, Vanessa Paradis et Marc Lavoine. « La première fois, on essaie de tout capter et de bien regarder son enfant, et la deuxième fois, on profite pleinement », explique Hazania. Très fière, elle ajoute : « Elles ont assuré ! » Et elle peut l’être, au vu de la très grande qualité du spectacle.
Cette édition fut mémorable, puisqu’elle a notamment vu un couple se fiancer sur scène le samedi soir, entre une femme inscrite au cours de step et son futur mari. Située la plupart du temps en régie, Hazania accompagne le régisseur pour le bon déroulement du spectacle : « C’est plus simple, comme ça je peux lui dire de lancer ou de faire une pause. » Rose, la maman d’Hazania très investie dans l’organisation, ajoutait : « J’ai l’impression qu’elles étaient plus vivantes la deuxième fois, dans leurs expressions et leur façon de vivre les choses. On est plus à l’aise la deuxième fois, mieux placé, et ça s’est senti. »
Sabine Loeb
Crédit photo : Théo Bégler – Gazettesports.fr